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Dans les eaux turquoises de Mayotte, les scientifiques traquent le dernier dugong, un mammifère marin mythique au bord de l’extinction.

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Seuls six individus subsistent dans le lagon mahorais, un chiffre alarmant qui pousse les chercheurs à déployer des techniques de pointe pour sauver cette espèce autrefois abondante.

Au nord de Mayotte, El Assad Makine, prestataire nautique connu sous le nom de Giggs, se remémore l’instant rare où il a croisé un dugong. Ce mammifère herbivore, si discret dans le lagon qu’il en est devenu une figure quasi légendaire, ne se montre qu’exceptionnellement. Ce jour-là, des enfants lui signalent un dauphin étrange ressemblant à un phoque. Aussitôt, il lance son drone et immortalise une mère et son petit évoluant dans les eaux turquoises, l’un des plus vastes lagons préservés de l’océan Indien. Pour lui, apercevoir cet animal mythique relève de l’accomplissement, tant il est rare.

Le dugong, cousin du lamantin, arbore une silhouette fuselée, une peau gris ardoise et une queue fendue à la manière d’une baleine. Il peut mesurer jusqu’à quatre mètres et peser plusieurs centaines de kilos. Paisible brouteur, il ingurgite chaque jour des dizaines de kilos d’herbes marines. L’Union internationale pour la conservation de la nature le classe parmi les espèces vulnérables, et la sous-population du sud-ouest de l’océan Indien est considérée comme en danger.

À Mayotte, le constat est sévère. Alors qu’ils étaient estimés à plus d’une centaine avant les années 1970, on ne recense plus que six dugongs. Pendant trente ans, la pêche a presque décimé l’espèce, jusqu’à sa protection en 1995. Mais la population stagne à moins de dix individus depuis les années 2000. Les femelles ne peuvent mettre bas qu’à partir de dix ans, puis tous les quatre à sept ans, ce qui rend tout rétablissement difficile. Les risques de prises accidentelles et la dégradation des herbiers aggravent la situation. La préservation de ce mammifère est cruciale pour éviter sa disparition du 101e département français.

Pour mieux le protéger, les scientifiques déploient des méthodes innovantes. À bord du bateau de Giggs, Auriane Serval, chargée de projet pour la conservation des dugongs au sein de l’association Les Naturalistes, se prépare à plonger. Cinq jours plus tôt, une douzaine de capteurs filtrants ont été placés dans le nord du lagon. L’objectif est de détecter l’ADN laissé par les animaux dans l’eau. La biologiste marine explique que les espèces perdent des cellules de peau, et que l’analyse de cet ADN en suspension permet de savoir si un dugong est passé récemment.

Sous l’eau, elle récupère les capsules au niveau des coraux, puis son équipe conditionne les échantillons sur le pont. Cette méthode passive est complétée par un protocole de filtration active, utilisé pour la première fois à Mayotte. Une pompe aspire l’eau à travers une membrane à laquelle adhère l’ADN. Pendant quarante minutes, le bateau avance lentement sur trois kilomètres pour pomper soixante litres d’eau. Les deux approches offrent des informations complémentaires l’une sur cinq jours, l’autre instantanée.

Lancée en avril, cette mission vise à déterminer quand et où les dugongs sont présents. Les associations espèrent qu’en préservant les individus restants et leur habitat, la population pourra un jour croître, peut-être aidée par des migrations régionales. Le dugong, animal sédentaire fidèle à ses prairies sous-marines, peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre de nouveaux herbiers ou des eaux plus chaudes.

En attendant, la sensibilisation reste essentielle. Beaucoup pensent que le dugong a déjà disparu ou qu’il est condamné. Pourtant, des observations existent, et il faut le protéger. Ce n’est pas une légende.

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