Économie
Au Japon les fanzines séduisent par leur charme tactile
Malgré le déclin de l’édition traditionnelle, ces publications artisanales gagnent en popularité. Une génération de créateurs et de lecteurs redécouvre le plaisir sensoriel du papier.
Dans les entrailles d’une imprimerie de Kyoto, le vacarme des machines se mêle au froissement des feuilles. Deux artistes observent leur œuvre prendre forme, les doigts encore noircis d’encre. Le photographe Kazuma Obara et l’écrivain Akihico Mori font partie de ceux qui exploitent une presse mise à disposition par un quotidien local, le Kyoto Shimbun, en quête de nouveaux débouchés face à l’effondrement des abonnements. Leur photo-essai a d’ailleurs été présenté au célèbre festival Kyotographie qui s’est tenu dans toute la ville du 18 avril au 17 mai.
Le papier reste un média qui sollicite pleinement les sens, bien plus que les réseaux sociaux. Obara souligne sa dimension collective: on peut le donner, le lire à plusieurs, contrairement aux écrans de téléphone, très cloisonnés. Mori renchérit en expliquant que l’on ressent la passion de l’artiste en tenant l’œuvre entre ses mains, une dimension que l’intelligence artificielle ne pourra jamais reproduire.
Le responsable de l’imprimerie, Yoshihiko Okazaki, note que l’âge des clients artistes va de l’adolescence à plus de soixante-dix ans. Il observe que ce phénomène étonne par son succès auprès des jeunes, dont certains trouvent l’ancien format intéressant précisément parce qu’il est vintage. Pourtant, le secteur de l’édition papier connaît un déclin rapide au Japon. Les ventes de livres et magazines ont chuté de quarante pour cent par rapport à leur record de 1996, et la diffusion des journaux a été divisée par deux depuis son pic de 1997.
Dans ce contexte, l’autoédition se développe, surtout chez les jeunes, avec les fanzines. Ces publications sont apparues dans les années 1930 chez les fans de science-fiction américains. Selon une étude récente, le marché de l’autoédition au Japon est estimé à plus de huit cents millions d’euros pour l’exercice clos en mars 2026, soit presque le double d’il y a quatre ans. Un salon de fanzines à Tokyo a connu un grand succès. Une visiteuse de vingt-deux ans, Harumi Kikuchi, explique que l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux ne montrent que ce qu’ils veulent bien montrer, alors que la diversité des créateurs de zines révèle de multiples visions du monde. Une jeune illustratrice, Watashi Kishino, qui dessine à la main son quotidien en noir et blanc, reconnaît que l’on peut faire beaucoup avec les outils numériques, mais elle insiste sur le charme unique de tenir quelque chose de tangible.
Les grandes librairies s’adaptent. À Tokyo, la librairie Sanseido, vieille de cent quarante-cinq ans, a commencé à proposer des revues autoéditées il y a près d’un an. Son directeur adjoint, Masato Sugiura, estime que les zines peuvent attirer un public différent des lecteurs traditionnels. Watashi Kishino croit en la pérennité des livres et magazines physiques, affirmant qu’il y a une chaleur que seul le papier peut offrir.
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