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Ara Güler, l’œil d’Istanbul qui fixa la légende de Cannes

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Une exposition inédite au musée Ara Güler d’Istanbul dévoile les clichés méconnus que le célèbre photographe turc prit sur la Croisette, entre faste et intimité, des années 1950 aux années 1960.

L’Italienne Sophia Loren, une coupe de champagne à la main, rayonne sous le regard de ses admirateurs. Non loin d’elle, Brigitte Bardot, en tee-shirt et jean, offre un sourire décontracté, allongée dans l’herbe. Ces instants suspendus, saisis sur le vif lors du Festival de Cannes, sont aujourd’hui réunis dans une exposition présentée à Istanbul. Ils sont l’œuvre d’Ara Güler, figure majeure de l’agence Magnum, que l’on surnommait “l’Œil d’Istanbul”.

Si Ara Güler, décédé en 2018 à l’âge de 90 ans, est avant tout célébré pour ses images en noir et blanc de sa ville natale, ses rives du Bosphore et ses quartiers populaires, il fut aussi un témoin assidu du festival de cinéma français. Entre 1957 et 1967, il arpenta régulièrement la Croisette, captant bien plus que les tapis rouges et les remises de prix.

“Au-delà des cérémonies, Ara Güler a immortalisé les coulisses, les fêtes somptueuses, les réunions confidentielles, et même un déjeuner donné en l’honneur de Sophia Loren”, explique Cagla Sarac, conseillère artistique du Dogus Group, fondateur du musée Ara Güler. Elle ajoute que l’ensemble compose “un portrait complet du festival, qui en révèle non seulement le faste mais aussi toutes les histoires humaines qui l’entourent”.

Les visiteurs peuvent découvrir ces œuvres jusqu’au 11 octobre dans l’établissement inauguré en 2018, deux mois avant la disparition du photographe. À côté du musée, une équipe d’experts continue d’inventorier et de préserver ses vastes archives, perpétuant ainsi l’héritage de ce maître de la photographie turque.

Sa passion pour le septième art transparaît dans l’ensemble de son travail, jusque dans ses carnets intimes d’adolescent, rédigés à la fin des années 1940 et dans les années 1950. “Dans ses journaux de lycéen, on retrouve sans cesse la même phrase : ‘Je ne suis pas allé à l’école aujourd’hui’… Parce qu’il était allé au cinéma”, raconte en souriant Temel Yilmaz, conservateur des archives.

Plus tard, son objectif croisera aussi bien le regard de l’artiste espagnol Salvador Dalí que celui du réalisateur américain Alfred Hitchcock ou du Premier ministre britannique Winston Churchill. Né dans une famille arménienne à Istanbul, Ara Güler débuta comme photographe pour le journal turc Yeni Istanbul. En 1958, il décrocha ses premières couvertures pour la presse internationale, lorsque le magazine américain Time-Life ouvrit un bureau en Turquie. Il rencontra ensuite les Français Marc Riboud et Henri Cartier-Bresson, qui l’introduisirent au sein de la prestigieuse agence Magnum.

“Tout l’intéressait. Il était toujours en quête d’une nouvelle histoire”, se souvient Alin Tasciyan, critique de cinéma qui suit le Festival de Cannes depuis 2002 et le connaissait bien. Selon elle, ce qui frappe dans ses archives, c’est sa faculté à percevoir au-delà des apparences. “Quand je regarde ses photos, je vois les instants qu’Ara Güler a saisis. Il parcourait les rues et les plages de Cannes, observait ce qui se passait. Pour lui, la photographie relevait davantage de la vérité que du spectacle.” Elle conclut : “Il a su capter l’esprit de son temps et des lieux. Dans cette exposition, je vois à quel point il savait tirer parti d’un endroit que je connais si bien.”

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