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Culture

Les gardiens du patrimoine iranien à l’épreuve de la guerre

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Alors que la trêve permet un premier état des lieux, les experts s’alarment de l’ampleur des restaurations à entreprendre sur des sites classés, menacés par l’incertitude diplomatique.

Au palais du Golestan, joyau de Téhéran inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2013, les stigmates des bombardements israélo-américains sont encore visibles. Miroirs éclatés, portes défoncées et débris tombés des plafonds ornés jonchent désormais les salles d’apparat de cette ancienne résidence royale, souvent comparée à Versailles. Bien que le complexe reste fermé au public, la fragile trêve instaurée le 8 avril a permis aux équipes de débuter un diagnostic précis.

Ali Omid Ali, responsable du département d’ingénierie technique du palais, précise que les évaluations se poursuivent à plusieurs niveaux. « Nous travaillons d’abord à stabiliser les structures endommagées pour éviter tout effondrement supplémentaire », explique-t-il. Les premières estimations chiffrent les réparations à environ 1,7 million de dollars, un montant susceptible d’augmenter après une expertise complète. Le chantier pourrait s’étendre sur « deux ans ou plus », selon ce spécialiste.

Le Golestan, célèbre pour son mariage entre l’art persan du XIXe siècle et les influences européennes, figure parmi au moins cinq sites Unesco touchés par le conflit. À Ispahan, le palais Chehel Sotoun et la mosquée Jameh ont également subi des dommages, tout comme les vestiges préhistoriques de la vallée de Khorramabad. Au total, plus de 140 lieux d’importance culturelle et historique seraient affectés à travers le pays, selon Fartousi, président de la Commission nationale iranienne pour l’Unesco.

La célèbre salle des Miroirs, réputée pour ses mosaïques scintillantes, et le Trône de marbre, soutenu par des figures mythologiques, figurent parmi les éléments les plus gravement endommagés. « Entre 50 et 60 % des portes et fenêtres sont brisées », a indiqué Avaj, directeur des musées du palais, cité par l’agence Irna.

Au-delà des défis techniques, la restauration se heurte à l’incertitude politique. « L’ombre de la guerre plane encore dans le ciel de l’Iran et, dans cette situation, il est difficile de planifier sereinement », regrette M. Fartousi. Si la trêve a réduit les bombardements dans les centres urbains, des affrontements sporadiques persistent dans les zones côtières et les eaux du Golfe, tandis que les négociations diplomatiques peinent à aboutir.

Le responsable s’inquiète aussi de la perte d’authenticité que ces travaux pourraient entraîner. « Même avec nos grands artistes et restaurateurs, où sera l’authenticité ? Les sites du patrimoine culturel incarnent ce concept même », interroge-t-il. Le financement reste un obstacle majeur, le gouvernement iranien n’ayant pas encore dévoilé de budget dédié, alors que l’économie souffre des conséquences de la guerre et du blocus américain. « L’Unesco et les autres organisations internationales disposent de budgets limités », ajoute M. Fartousi, qui indique que des discussions sont en cours pour obtenir un soutien. Mais quel que soit le coût, insiste-t-il, la valeur des sites endommagés demeure « inestimable ».

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