Monde
À Hébron, les familles déplacées découvrent des foyers mis à sac
L’armée israélienne a quitté la ville après dix jours d’une vaste opération lancée en riposte à une attaque meurtrière. Plus de 3.000 Palestiniens…

L’armée israélienne a quitté la ville après dix jours d’une vaste opération lancée en riposte à une attaque meurtrière. Plus de 3.000 Palestiniens déplacés rentrent chez eux et trouvent leurs logements retournés de fond en comble.
L’armée israélienne a plié bagage à Hébron. Après dix jours passés dans cette ville de Cisjordanie occupée, la plus peuplée du territoire, les soldats sont partis en affirmant avoir « terminé » leur mission. Derrière eux, plus de 3.000 habitants palestiniens déplacés regagnent leurs quartiers et découvrent des intérieurs sens dessus dessous.
Tout est parti d’une attaque à un checkpoint voisin, qui a coûté la vie à deux soldats israéliens. Les deux assaillants ont été tués sur place. Très vite, le quartier d’où ils étaient originaires a été bouclé et vidé de ses occupants, environ 500 familles selon la municipalité, pour l’essentiel en pleine nuit. Les forces israéliennes y sont restées plus d’une semaine, enchaînant les « fouilles approfondies », les interrogations et les arrestations. Un responsable militaire a dressé un bilan modeste, quatre armes et plusieurs gilets pare-balles saisis.
Au retour des familles, le décor donne la mesure des recherches. Des dizaines d’immeubles arborent une large croix noire ou rouge, tracée pour signaler qu’ils ont été passés au peigne fin. À l’intérieur, les meubles gisent au sol, les matelas sont retournés, les vêtements et les jouets d’enfants jonchent les pièces, des éclats de vitres couvrent le carrelage. Dans un logement, un excrément a été laissé sur le sol des toilettes. Partout, des femmes rangent, nettoient, tentent de remettre de l’ordre.
Muhannad al-Tamimi vient tout juste de rentrer. Il avait trouvé refuge à la mosquée pendant ces dix jours. Son appartement, au rez-de-chaussée, a servi de cantonnement aux soldats, comme souvent lors de ce type d’opération. Le frigo est vide, des traces montrent que des hommes y ont dormi. Il raconte qu’une vingtaine de soldats ont fait sauter sa porte la première nuit. « Ils m’ont agressé, braqué une arme sur la tête de ma femme, terrifié mes enfants et donné un coup de pied à ma fille », dit-il. Il assure aussi que plusieurs milliers de dollars ont disparu après les fouilles. L’armée, sollicitée sur ces accusations, indique vérifier.
Les véhicules militaires ont désormais disparu des rues. À leur place, pompiers, secours de la Défense civile et forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Vu de l’extérieur, la plupart des immeubles tiennent debout. Mais plusieurs habitations ont été rasées, en particulier celles des deux assaillants, un sort quasi systématique après des attaques. Dans le hall d’un immeuble, des soldats ont noté au marqueur noir le calcul des charges nécessaires pour faire exploser l’appartement du dernier étage, celui de l’assaillant. Il n’en reste rien. Les débris ont dégringolé sur les étages inférieurs, dont les fenêtres sont en miettes.
Mohammad Juaaba, grand-père de l’un des assaillants, a lui aussi regagné les lieux après un séjour chez des proches, comme une quarantaine de membres de la famille qui vivaient dans l’immeuble. Il se souvient du premier soir. « On nous a dit au haut-parleur de sortir des appartements et de les laisser ouverts. »
L’opération s’inscrit dans un contexte politique tendu. L’attaque s’est produite quelques jours avant les élections législatives israéliennes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était rendu sur place et avait annoncé une action d’envergure à venir dans toute la Cisjordanie. Les autorités israéliennes ont attribué l’attaque à « une cellule du Hamas », le mouvement qui gouverne la bande de Gaza et qui a mené l’assaut sans précédent du 7 octobre 2023 contre Israël. Le Hamas s’était félicité de l’attaque à Hébron sans la revendiquer.
Le ministre israélien de la Défense avait prévenu que les habitants du quartier ne seraient « pas autorisés à revenir tant que nous n’aurons pas fini de régler tous les problèmes liés au Hamas à Hébron ». De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé l’opération, tout comme son Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk. « Nous assistons à une escalade de la répression, tandis que le spectre du nettoyage ethnique plane de plus en plus lourdement. Cela doit cesser », a lancé Guterres.
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