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À Dnipro, l’hôpital où la guerre n’en finit pas de trancher des vies

Chirurgiens, infirmières et nouveau-nés cohabitent sous la menace des drones russes. Plongée dans le quotidien d’un établissement où chaque jour apporte…

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À Dnipro, l’hôpital où la guerre n’en finit pas de trancher des vies

Chirurgiens, infirmières et nouveau-nés cohabitent sous la menace des drones russes. Plongée dans le quotidien d’un établissement où chaque jour apporte son lot de chairs déchirées et de combats silencieux.

Le docteur Ryjenko arpente les couloirs dès l’aube. Neuf heures sonnent et trois amputations ont déjà eu lieu. Dans le bloc, un soldat de 27 ans, les jambes déchiquetées par une frappe de drone, attend sous la lame. Autour de la table, l’équipe observe en silence. Une infirmière murmure qu’elle ne s’habituera jamais, puis s’éclipse. Depuis l’invasion de 2022, l’hôpital Metchnikov est devenu un réceptacle pour les blessés évacués du sud et de l’est. Les balles ont cédé la place aux drones, aux missiles et aux bombes planantes. Résultat, des corps réduits en morceaux, des membres arrachés, des visages transformés en plaies béantes. Ryjenko coordonne entre cinquante et cent opérations chaque matin. Il passe de chambre en chambre, glisse des mots de réconfort à un soldat au visage criblé d’impacts, promet de parler de sa bravoure à son commandant. Portes battantes, une femme au visage ensanglanté croise son chemin. La journée ne fait que commencer.

À la maternité, l’ambiance est radicalement différente. Une famille prend la pose avec un nouveau-né, un enfant insiste pour le porter. L’obstétricienne Olga Fandeïeva contemple la scène, un sourire aux lèvres. Faute de personnel, elle passe régulièrement en traumatologie. Après avoir vu tant de jeunes mutilés, tenir les petits pieds d’un bébé lui remet les idées en place. Ce contraste entre la vie qui naît et celle qui s’effondre est ce qui la fait tenir. Dans la salle de repos des infirmières, l’odeur d’antiseptique se mêle à celle de l’ail. Olga et Rouslana, deux infirmières, s’accrochent à un humour noir pour supporter les matinées morbides. 83 % des patients arrivent inanimés ou mutilés. Rouslana raconte un blessé qui tenait ses entrailles dans ses mains, un autre avec la tête fracassée. Parfois, elle s’effondre sur un lit d’appoint après vingt-quatre heures de garde. Dans ses rêves, elle revoit les explosions et le travail. À plus de cent kilomètres du front, Dnipro vit sous la menace permanente des frappes. Alors quand elle rentre chez elle, ses enfants occupent toutes ses pensées.

La nuit tombe et les opérations s’enchaînent sans répit. Dans la salle des infirmières, Rouslana feuillette un registre qui totalise près de deux mille opérations traumatologiques depuis janvier. Un chiffre qualifié d’ordinaire pour un pays en guerre. Les patients polytraumatisés sont devenus la norme, certains subissent vingt interventions en une semaine. L’hôpital s’est spécialisé en chirurgie réparatrice d’urgence, attirant des médecins occidentaux venus apprendre à traiter ces blessures de drones encore rares ailleurs. Vers minuit, l’accueil éteint les néons pour reposer les yeux. Une réceptionniste somnole, des ronflements traversent les couloirs. Jusqu’à ce qu’un nouveau blessé du front arrive, une traînée de sang sur le sabot. Les ambulances défilent une demi-douzaine de fois avant l’aube, auxquelles s’ajoutent des habitants de Dnipro victimes de crises d’angoisse. Pour les soignants, cette nuit-là est dite calme. Huit heures, l’équipe de jour reprend le flambeau. Rouslana rentre chez elle pendant que les chirurgiens enfilent leurs blouses. Le docteur Ryjenko entame sa tournée matinale. Dans un bloc opératoire, une nouvelle journée de guerre recommence.

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