Société
_**Laurent Nuñez imprime sa marque au ministère de l’Intérieur**_
Le ministre de l’Intérieur engage un remaniement préfectoral d’ampleur, premier signe d’une volonté de s’affranchir de l’héritage de ses prédécesseurs.
Six mois après son installation à Beauvau, Laurent Nuñez amorce un virage stratégique en procédant à des nominations clés au sein de la haute administration. Ce mouvement, entériné mercredi en Conseil des ministres, constitue le premier acte d’une série de changements qui devraient marquer la fin du quinquennat. Le ministre a choisi de placer des hommes de confiance à des postes névralgiques, signe d’une prise de distance assumée avec les anciens locataires de la place Beauvau.
Le départ d’Hugues Moutouh, secrétaire général du ministère, illustre cette rupture. Figure proche de Bruno Retailleau, qui l’avait installé à ce poste stratégique il y a un an, il est nommé préfet de la région Centre-Val de Loire. Son successeur, Étienne Stoskopf, actuellement préfet du Val-de-Marne, a déjà travaillé aux côtés de Laurent Nuñez lorsque ce dernier était secrétaire d’État auprès de Christophe Castaner. Les divergences entre les deux hommes étaient profondes, tant sur le plan politique que sur le style. Là où le ministre incarne une ligne plus consensuelle, Hugues Moutouh s’était fait connaître pour des déclarations tranchées, notamment lors des émeutes urbaines de 2023, où il avait employé une formule jugée brutale. Son passage dans les Alpes-Maritimes l’avait également positionné comme un fervent défenseur d’une politique migratoire stricte.
Depuis son arrivée, Laurent Nuñez s’efforce d’adoucir le discours sur l’immigration, ce qui lui a valu des critiques de la part de certains préfets. Sa récente insistance sur la régularisation des travailleurs dans les métiers en tension a été interprétée comme un infléchissement de la ligne gouvernementale.
Le mouvement préfectoral touche également l’Élysée. Georges-François Leclerc, directeur de cabinet du président de la République, quittera ses fonctions en mai pour prendre la tête de la préfecture de la région Île-de-France. Ce proche de Gérald Darmanin, qui avait espéré devenir préfet de police de Paris, a vu ses relations avec Laurent Nuñez se dégrader rapidement. Son successeur pressenti est Frédéric Rose, actuel préfet des Yvelines.
Les tensions ne se limitent pas à ce poste. Les relations entre le ministre et le préfet de police de Paris, Patrice Faure, sont également tendues. Cependant, aucun changement n’est envisagé pour l’instant, le chef de l’État maintenant son soutien à celui qu’il a lui-même nommé.
Dans le cadre de cette vaste réorganisation, plusieurs préfectures de région changent de titulaire. Sophie Brocas prend la tête de la Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot celle d’Auvergne-Rhône-Alpes, Stanislas Bourron celle du Val-de-Marne, et David Clavière celle du Calvados. Enfin, Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône, est nommé préfet de Mayotte, succédant à François-Xavier Bieuville, qui rejoint la Loire.
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