Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

Conakry suffoque sous ses ordures, les routes sont devenues des décharges

Depuis la fermeture de la grande décharge de la ville, les déchets s’accumulent au bord des artères principales et dans les quartiers. Les habitants…

Article

le

Conakry suffoque sous ses ordures, les routes sont devenues des décharges

Depuis la fermeture de la grande décharge de la ville, les déchets s’accumulent au bord des artères principales et dans les quartiers. Les habitants vivent avec les odeurs, les mouches et la crainte des maladies.

Sur l’autoroute Fidel Castro comme sur la route Le Prince, les deux axes majeurs de Conakry, la vue ne laisse aucun répit. Des montagnes de sacs-poubelle débordent sur les trottoirs, et des filets de liquide noirâtre, mêlés aux eaux stagnantes, gagnent le milieu de la chaussée. L’odeur prend à la gorge, au point de rendre l’air difficile à respirer. Au-dessus des tas, les mouches tourbillonnent par nuées. Pour les habitants, ce décor quotidien n’est pas seulement pénible, il est dangereux. Ces dépôts sauvages créent les conditions d’apparition de maladies comme le choléra.

Le point de départ de cette situation est connu. Dans la nuit du 22 au 23 août, un éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, provoqué par les pluies, a emporté des habitations précaires construites à proximité et fait 36 morts. Le drame a poussé les autorités à condamner définitivement le site. Depuis, les détritus s’entassent au pied des immeubles et sous les ponts, et une crise sanitaire s’installe peu à peu dans la capitale guinéenne.

Les habitants racontent une organization qui s’est délitée. Une riveraine se souvient que les éboueurs passaient deux fois par semaine. Aujourd’hui, il peut s’écouler trois semaines sans qu’un camion ne se présente. Alors, faute de solution, les gens font au mieux. Certains brûlent leurs tas de déchets sur place. D’autres improvisent, à l’image de cette habitante de la banlieue qui a chargé sa poubelle pleine dans le coffre de sa voiture pour la jeter au bord de la route sur le trajet du travail. Beaucoup résument la même impasse, personne ne sait où porter ses ordures.

Le site de Baritodé, à Coyah, à une cinquantaine de kilomètres de Conakry, a été privilégié ces dernières années pour recevoir les quelque 3 000 tonnes de déchets produites chaque jour. Sauf que l’éloignement et les bouchons paralysent l’exploitation. Un camion qui part le matin vers Baritodé, à 125 kilomètres de la capitale, peut ne rentrer qu’en fin de journée. Résultat, les rotations n’ont plus lieu assez souvent.

Les entreprises privées de collecte encaissent directement le contrecoup. Un dirigeant de PME explique avoir perdu la moitié de sa clientèle, passant de plus de mille abonnés à moins de cinq cents, beaucoup ayant résilié faute de service rendu. Lui doit pourtant payer une vingtaine de salariés et débloquer chaque mois dix millions de francs guinéens, un peu plus de 1 000 euros, sans rentrées suffisantes. Le vrai blocage, disent les professionnels du secteur, reste l’absence d’infrastructures durables, avec des déchets non valorisables dont personne ne sait quoi faire.

Des chantiers sont lancés. La réhabilitation de Dar-es-Salam a démarré, avec l’objectif de stabiliser puis dépolluer une montagne de 7,2 millions de tonnes de déchets avant de la transformer en parc. Un centre d’enfouissement est en construction à Baritodé pour remplacer l’ancien site. En attendant que tout cela fonctionne, les habitants de Conakry et de sa banlieue continuent de cohabiter avec leurs déchets.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus