Monde
Téhéran prévient que toute nouvelle frappe déclencherait une riposte sans limites
Le guide suprême iranien durcit le ton et ordonne à son armée de revoir ses listes de cibles. En face, Washington jure qu’aucune décision n’est prise…

Le guide suprême iranien durcit le ton et ordonne à son armée de revoir ses listes de cibles. En face, Washington jure qu’aucune décision n’est prise, alors qu’un scrutin décisif approche aux États-Unis.
Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a choisi la fermeté. Dans un communiqué rendu public samedi, il avertit que toute nouvelle attaque, militaire ou terroriste, se heurterait à une riposte « immédiate, puissante et sans limite géographique ». Il va plus loin en désignant ceux qui auront le dernier mot. Ce sont les forces armées de la République islamique et le peuple iranien qui fixeront le moment et les conditions de la fin des hostilités, affirme-t-il. Resté invisible depuis sa nomination début mars, le guide suprême a également demandé aux responsables militaires de réactualiser la liste des objectifs pour y intégrer « tous les types d’actifs matériels et immatériels appartenant à l’ennemi américano-sioniste ». Téhéran a déjà évoqué des frappes contre des centres de données, des systèmes d’intelligence artificielle et les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz.
À Washington, le message se veut plus flou. Le secrétaire d’État Marco Rubio, présent à Atlanta pour le G20, a affirmé que le président n’avait « pris aucune décision », tout en insistant sur sa préférence pour une « solution diplomatique », malgré des déclarations récentes bien moins conciliantes. Donald Trump et son allié israélien Benjamin Netanyahu ont agité la menace ces dernières semaines. Des informations de presse parlent même d’une campagne militaire courte et intense qui pourrait être lancée après les élections de mi-mandat, prévues mardi.
Sur le terrain diplomatique, les choses avancent à petits pas sous l’égide du médiateur qatari. Le chef de la diplomatie Abbas Araghchi dit ne pas voir « la nécessité d’une rencontre avec les Américains ». Il pose une condition claire. Si Washington accepte les exigences iraniennes, Téhéran décidera alors si les discussions doivent être directes ou indirectes. Autre signal, Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, salue un « changement de ton » dans la lettre que lui a adressée le vice-président américain JD Vance, qu’il qualifie de « bon signe ».
Dans les rues de Téhéran, la perspective d’un nouveau conflit d’ampleur occupe tous les esprits. « Malheureusement nous sommes un peuple qui, d’une certaine manière, attend la guerre, tout simplement parce que nous vivons dans l’entre-deux depuis un an », confie Farima, 62 ans. Ebrahim, vendeur quadragénaire, affiche lui une tout autre sérénité. « Nous ne craignons pas une autre guerre, cela fait 48 ans que nous sommes en guerre », lance-t-il, en référence à l’arrivée au pouvoir de la République islamique en 1979.
Le contexte reste explosif, sans jeu de mots. Quarante jours de bombardements israélo-américains avaient abouti à un cessez-le-feu en avril, puis à un protocole d’accord irano-américain en juin. Cette entente fragile a volé en éclats cet été, avec le détroit d’Ormuz en son centre. L’Iran revendique le contrôle de ce passage maritime essentiel au transport mondial d’hydrocarbures et y vise régulièrement des navires qui s’y aventurent sans autorisation. Samedi encore, l’armée a annoncé qu’un pétrolier avait pris feu après avoir heurté des mines, Washington assurant de son côté avoir largement déminé la zone.
Reste l’échéance américaine, qui pèse sur tout le reste. Le Parti républicain l’aborde avec fébrilité, la cote de confiance de Donald Trump étant au plus bas. Les Américains le tiennent pour responsable du coût élevé de la vie, dans un contexte où la guerre a fragilisé l’économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole. En Israël, Benjamin Netanyahu connaît déjà le verdict des urnes. À l’issue de législatives disputées le 27 octobre, son camp est arrivé en tête devant le principal bloc d’opposition, mais sans la majorité nécessaire pour garder la main sur le Parlement. Des semaines de négociations s’ouvrent, durant lesquelles il restera Premier ministre par intérim. Le soir du scrutin, il a estimé qu’Israël disposait avec le président américain d’une « opportunité historique unique » pour « éliminer définitivement la menace existentielle » que représente à ses yeux la République islamique.
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