Culture
Une voix raconte les concerts aux spectateurs qui ne voient pas
À Rock en Seine, des festivaliers aveugles ou malvoyants vivent les shows autrement grâce à des oreillettes. Une narratrice leur décrit en direct la…

À Rock en Seine, des festivaliers aveugles ou malvoyants vivent les shows autrement grâce à des oreillettes. Une narratrice leur décrit en direct la scène, les tenues et les gestes des artistes.
Saliha pensait avoir tiré un trait sur les festivals. À 56 ans, cette Parisienne passionnée de musique avait fini par renoncer à ce genre d’événements, trop difficiles à suivre pour une personne déficiente visuelle. Mais mercredi, casque sur les oreilles et boîtier en main, elle a savouré chaque instant du concert de Miki, la chanteuse franco-coréenne qui monte. Dans son oreille, une voix décrivait tout ce qui se passe sur scène. L’artiste porte un chapeau de cowboy, elle s’installe sur un cube au milieu du public, elle entraîne la foule dans la danse. « C’est la première fois depuis des années que je me sens vraiment dedans », confie-t-elle, encore émue.
Derrière ce dispositif, il y a l’association Valentin Haüy, pionnière de l’audiodescription en France. Son constat est simple. La musique s’entend, mais un concert ne se résume pas aux notes. Il y a les décors, les costumes, les échanges entre l’artiste et son public, l’énergie qui circule. Ne rien percevoir de tout cela, c’est accumuler une frustration immense. Anne-Gaël Tardieu, qui pilote l’accessibilité des festivals pour l’association, le résume en une phrase. Aujourd’hui, un artiste offre bien plus que des chansons, et ceux qui ne voient pas méritent d’en profiter pleinement.
Rock en Seine, déjà engagé sur d’autres pistes d’inclusion comme les gilets vibrants ou le chansigne, a choisi de franchir un cap cette année. L’association fournit le matériel, simple à utiliser, et le festival s’occupe de la technique pour que la voix de la narratrice arrive sans décalage dans le casque des spectateurs. Chaque jour, un concert est raconté en direct, jusqu’au grand show de The Cure prévu dimanche.
Pour Raphaëlle Valenti, la comédienne qui assure ces descriptions, l’exercice demande une concentration totale. Installée devant quatre écrans, elle doit tout capter en temps réel. Voir, comprendre, trouver le bon mot, le placer au bon moment, sans jamais s’imposer au-dessus de l’artiste. Son travail fait des merveilles. Saliha n’a pas manqué une miette du spectacle, du gigantesque scorpion qui trônait sur scène au Spider-Man surexcité qui a débarqué en fin de show. « Elle a été mes yeux, et c’est génial parce qu’il se passait beaucoup de choses », lance-t-elle en souriant.
Raphaëlle, elle, voit dans cet exercice un cadeau partagé. Décrire The Cure, un groupe qu’elle adore, pendant deux heures et demie en binôme avec une autre narratrice, promet d’être un moment rare. « L’audiodescription, c’est le partage des émotions », souffle-t-elle. Pour Saliha, la boucle est bouclée. Le festival, qu’elle fuyait depuis tant d’années, lui a finalement rouvert les bras.
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