Monde
La Hongrie confrontée à la ségrégation territoriale des Roms

Une loi autorisant les municipalités à réguler l’installation des nouveaux résidents suscite des inquiétudes quant à l’exclusion systémique de la minorité rom.
Dans le nord-est de la Hongrie, la commune de Mezokeresztes illustre les conséquences d’une législation récente permettant aux autorités locales de contrôler l’installation des habitants. Adoptée en juin dernier, cette disposition légale invoquant la préservation de l’identité locale a conduit à l’acquisition et la démolition de plusieurs habitations, principalement occupées par des familles roms. Le maire de cette localité de 3 500 âmes affirme que ces opérations ne concernent que des logements insalubres et des propriétaires volontaires, rejetant toute accusation de discrimination.
Pourtant, pour de nombreux membres de cette communauté souvent précarisée, l’intention paraît clairement dirigée contre leur présence. Des témoignages recueillis auprès de résidents déplacés évoquent une stratégie délibérée de restriction de leur accès au logement. Une mère de famille confie avoir entendu des propos explicites sur la volonté municipale d’éloigner les Roms, bien avant l’adoption formelle de la loi.
Le texte constitutionnel, présenté comme un outil de protection du patrimoine local contre une urbanisation désordonnée, accorde aux municipalités des prérogatives étendues. Elles peuvent désormais exiger des tests linguistiques, la possession de diplômes ou mener des entretiens individuels avec les candidats à l’installation. Des mécanismes que certains observateurs qualifient d’arbitraires et défavorables aux populations marginalisées.
Si le ministre du Développement régional a reconnu que certaines applications locales pouvaient s’apparenter à des pratiques racistes, promettant une intervention des autorités centrales, les effets se font déjà sentir au-delà de Mezokeresztes. Près de quatre-vingt-dix communes, majoritairement rurales, ont adopté des réglementations similaires, créant selon les défenseurs des droits civiques un phénomène de contagion territoriale.
Cette dynamique inquiète les organisations de la société civile, qui dénoncent une légitimation institutionnelle de l’exclusion. Des experts pointent le risque de voir se développer des zones entières où certaines populations se verraient systématiquement refuser l’accès à la résidence. Dans les faits, plusieurs familles roms se retrouvent contraintes à un relogement précaire, parfois dans des conditions de surpeuplement critique.
L’analyse des motivations derrière cette loi révèle également des considérations politiques. Son adoption interviendrait dans un contexte électoral visant à séduire l’électorat conservateur, en instrumentalisant la défense des traditions locales. Sur le terrain, certains habitants expriment ouvertement leur satisfaction face au départ des familles roms, alimentant un climat de défiance réciproque.
Pour celles et ceux qui ont dû quitter leur domicile, le sentiment d’injustice reste vif. Une résidente déplacée décrit les pressions subies et la crainte de devoir à nouveau déménager sous la contrainte. Son témoignage reflète l’incertitude qui pèse désormais sur de nombreuses familles roms, prises entre des politiques municipales restrictives et l’absence de alternatives de logement accessibles.

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