Monde
Friedrich Merz face à la percée de l’extrême droite dans les Länder de l’Est

Trente-cinq ans après la réunification, le chancelier allemand rencontre ce jeudi les dirigeants des régions orientales, où l’AfD réalise des scores historiques. La tâche s’annonce ardue pour le gouvernement fédéral, confronté à un profond sentiment de délaissement.
Les enquêtes d’opinion les plus récentes confirment la dynamique de l’Alternative pour l’Allemagne dans les cinq Länder issus de l’ex-RDA. Le parti d’extrême droite arrive en tête des intentions de vote, avec un pic à 39 % en Saxe-Anhalt, où des élections régionales se tiendront en septembre 2026. Pour la première fois, la formation pourrait accéder au gouvernement d’un Land. Cette progression intervient malgré la promesse du chancelier Friedrich Merz de contenir son influence.
Plusieurs observateurs relèvent que la stratégie gouvernementale peine à produire ses effets. Le manque de représentation des Allemands de l’Est aux postes de direction, que ce soit dans l’administration, la justice ou le monde économique, nourrit un sentiment d’être considéré comme des citoyens de seconde zone. Dans la coalition au pouvoir à Berlin, une seule ministre est originaire de ces territoires.
La visite de Friedrich Merz ce jeudi à Weimar, dans le cadre de la conférence des dirigeants des Länder de l’Est, revêt une importance particulière. Depuis son entrée en fonction, le chancelier n’a effectué que deux déplacements officiels dans la région, ce qui contraste avec une activité diplomatique et politique soutenue dans l’Ouest du pays. Les attentes sont donc élevées, d’autant que les thèmes abordés – compétitivité, énergie, transports – touchent directement aux préoccupations locales.
Au-delà des déséquilibres structurels persistants, les particularités historiques pèsent sur le paysage politique. Un certain attachement culturel à la Russie, hérité de la période soviétique, complexifie la position des habitants face au conflit en Ukraine. Par ailleurs, l’image de Friedrich Merz, perçu comme un représentant typique de l’élite ouest-allemande, ne facilite pas l’établissement d’un lien de confiance.
Le dépeuplement constitue un autre défi majeur. Cinq millions de personnes ont quitté l’Est depuis 1990, entraînant la fermeture progressive de services publics essentiels. Cette érosion démographique renforce le sentiment d’abandon et offre un terreau fertile aux discours protestataires. Malgré des améliorations économiques réelles, le fossé persiste avec l’Ouest, trente-cinq ans après la promesse de « paysages florissants » formulée par Helmut Kohl.

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