Monde
Sierra Leone : le combat déchirant contre l’addiction au kush

Entre centres de désintoxication et méthodes brutales, des milliers de jeunes luttent pour se libérer de l’emprise d’une drogue dévastatrice.
En Sierra Leone, une génération entière se bat contre un fléau silencieux : le kush, une drogue de synthèse aux effets dévastateurs. Bon marché et hautement addictive, cette substance ronge les corps et les esprits, poussant des familles désemparées à recourir à des solutions extrêmes.
Le pays ne compte que deux centres officiels de désintoxication, submergés par les demandes. À Freetown, le principal établissement a accueilli 309 patients depuis son ouverture, mais plus de 2 000 personnes restent en attente. Les séjours durent sept semaines, sous surveillance médicale. Pour ceux qui en sortent, comme Mariama, 29 ans, c’est un nouveau départ. Après avoir tout perdu – son mariage, ses biens, sa dignité –, elle tente de reconstruire sa vie, déterminée à ne pas replonger.
Pourtant, beaucoup n’ont pas cette chance. Dans des quartiers misérables, des guérisseurs traditionnels proposent des « traitements » d’une violence inouïe. Enchaînés à des piquets, privés de liberté, des jeunes hommes subissent des mois de privations dans des conditions insalubres. Hassan Kamara, l’un de ces praticiens, affirme avoir « soigné » plus de 2 000 personnes en deux ans. Mais les autorités dénoncent ces pratiques, jugées inhumaines.
Le kush, mélange d’opioïdes surpuissants et de cannabinoïdes synthétiques, provoque des dommages irréversibles : organes détruits, psychoses, hallucinations. Certains composants seraient 25 fois plus forts que le fentanyl. Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence en 2024.
Les histoires se ressemblent : étudiants devenus accros, vies brisées, familles désespérées. Manso, 31 ans, amputé après un accident, a passé quatre mois enchaîné chez un guérisseur. Aliou, 27 ans, regrette le temps perdu. Dominic, lui, a repris ses études après un passage en centre, mais doit résister à la tentation quotidienne.
Pour Mariama, le retour chez ses parents est un mélange d’espoir et de crainte. Son père, Ibrahim, pleure de soulagement en la retrouvant. Mais la route sera longue. « Si la société ne nous accepte pas, ce sera à nous de nous faire accepter », murmure-t-elle. Dans un pays où les moyens manquent, chaque victoire contre le kush est un miracle.

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