Monde
L’équitation syrienne se libère du joug des Assad

Après des décennies de monopole, les cavaliers syriens osent enfin rêver de victoires sans entraves.
Dans les arènes équestres près de Damas, un vent de changement souffle sur les compétitions autrefois dominées par le clan Assad. Ziad Abou al-Dahab, 25 ans, incarne cette nouvelle ère. « Sous l’ancien régime, les résultats étaient truqués en faveur des proches du pouvoir. Mon seul espoir était de figurer parmi les derniers », confie-t-il, guidant son cheval d’un pas déterminé. Les pur-sangs européens, réservés aux élites, écrasaient alors les montures locales, rendant toute rivalité illusoire.
À l’entrée du club de Dimas, une statue de Bassel al-Assad, fils aîné de l’ex-dictateur Hafez, rappelle l’emprise passée du régime sur ce sport. Érigé en symbole national sous son impulsion dans les années 1990, l’équitation servait de vitrine à la propagande du pouvoir. Les statues du « premier cavalier du pays » parsemaient les villes, tandis que sa nièce Cham, fille de Maher al-Assad, perpétuait cette tradition sous les flashs des médias.
Pour Mounana Chaker, 26 ans, cette mainmise a longtemps signifié l’interdiction de monter à cheval. « Mon père craignait les représailles. Il m’a raconté l’histoire de ce cavalier emprisonné pour avoir surpassé Bassel », explique-t-elle, ajustant la bride de sa jument. L’anecdote fait référence à Adnan Qassar, incarcéré pendant 21 ans après une performance jugée trop éclatante. Aujourd’hui, Mounana revendique sa place : « Je suis une Chaker, pas une Assad. »
Dans les écuries de Dimas, l’entraîneur Chadi Abou al-Dahab observe avec satisfaction l’afflux de nouveaux talents. « Quarante pur-sangs étaient jalousement gardés pour la famille régnante. Désormais, ils sont accessibles à tous », souligne-t-il. Parmi les heureux bénéficiaires, Jawad, fils du coach Salah Al-Ahmad, s’entraîne sur Topsy, une jument naguère réservée à Cham. « Il a gagné deux tournois avec elle. Enfin, la justice triomphe dans les compétitions », s’émeut son père.
Pour ces cavaliers, chaque foulade symbolise une revanche sur des années d’iniquité. L’équitation, autrefois instrument de pouvoir, redevient un sport où seul le talent compte.

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