Monde
Un cimetière de l’attente au Liban
Au sud du Liban, des tombes provisoires abritent les corps de combattants du Hezbollah et de civils. Leurs familles espèrent un jour les enterrer dans…


Au sud du Liban, des tombes provisoires abritent les corps de combattants du Hezbollah et de civils. Leurs familles espèrent un jour les enterrer dans leur village d’origine, mais la guerre les en empêche.
Ghada Hussein a 60 ans. Elle est assise sur un carré de gazon synthétique, posé sur la terre caillouteuse d’un cimetière à Haret Saïda, dans la banlieue de Saïda. Devant elle, la tombe de son fils Mohammed Tufayli, tué le mois dernier. Il avait la trentaine, il était ingénieur et combattant du Hezbollah. Il s’était marié en début d’année. Sa mère serre des photos de lui contre elle. Elle raconte qu’elle lui a demandé de partir avec elle, mais il a refusé. Il ne voulait pas quitter son village, Kfar Tibnit, près de la frontière israélienne. Aujourd’hui, ce village est détruit. Ghada promet que la dépouille de son fils y retournera, même si cela prend dix ans. « Il sera près de moi. Je pourrai venir le voir matin et soir », dit-elle, la voix pleine de douleur.
Dans ce cimetière, des dizaines de tombes ont été creusées. Certaines sont bordées de parpaings, d’autres fermées par des cercueils fabriqués avec des panneaux de construction. Sur des plaques improvisées, les noms des défunts sont écrits à la main, parfois avec la date d’inhumation. Des photos montrent les visages en civil ou en tenue de combat. Ici, tout le monde n’est pas un combattant du Hezbollah. Saleh, le responsable des inhumations, explique que cette parcelle supplémentaire avait été créée lors d’un précédent conflit entre Israël et le Hezbollah. Depuis mars, environ 120 personnes ont été enterrées ici. Il y a des secouristes, des civils désarmés tués chez eux. « Nous continuons de creuser des tombes supplémentaires », dit-il. Il décrit des scènes terribles, où des familles entières arrivent et sont enterrées ensemble, chacun dans un cercueil.
Ailleurs au Liban, d’autres sites d’inhumation temporaires sont apparus, à Tyr et dans la banlieue sud de Beyrouth. Le cessez-le-feu du 17 avril n’a pas mis fin aux combats. Israël continue de bombarder le sud du Liban et le Hezbollah riposte. Les autorités libanaises accusent l’armée israélienne d’avoir rasé des villages entiers. Dans ce contexte, les rites chiites prévoient une inhumation temporaire quand les funérailles définitives sont impossibles. Au cimetière de Haret Saïda, une femme en noir pousse un cri déchirant quand le cercueil d’un combattant arrive, couvert du drapeau jaune du Hezbollah. Les hommes retirent le corps enveloppé dans un tissu rouge et le déposent dans la tombe. Bassem Yassine, un proche du défunt, justifie ce choix : « Les avions israéliens nous empêchent de retourner au village. » Il ajoute, résigné : « C’est mieux que de le laisser à la morgue. »
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