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Un bouclier historique pour les livreurs et chauffeurs du monde entier

Pour la première fois, un texte international impose des droits fondamentaux aux travailleurs des applis comme Uber ou Deliveroo. Plus de 400 millions de…

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Un bouclier historique pour les livreurs et chauffeurs du monde entier

Pour la première fois, un texte international impose des droits fondamentaux aux travailleurs des applis comme Uber ou Deliveroo. Plus de 400 millions de personnes pourraient enfin bénéficier de protections sociales.

Vendredi, les États membres de l’Organisation internationale du travail (OIT) ont adopté un traité inédit. Il vise à protéger tous ceux qui travaillent via des plateformes numériques, qu’ils soient considérés comme salariés ou indépendants. Cette convention, discutée depuis plusieurs années, s’applique « indépendamment de leur qualification au regard des statuts d’emploi ». Le président de la conférence annuelle, Juan Castillo, a scellé l’adoption d’un coup de marteau sous les applaudissements des délégués. Pour la représentante du Brésil, c’est « une avancée majeure » qui va renforcer la dignité et l’autonomie d’environ 2 millions de travailleurs dans son pays.

Le texte impose aux États de garantir aux travailleurs des plateformes des droits essentiels : liberté d’association, droit à la négociation collective, élimination du travail forcé et du travail des enfants. Il exige aussi des mesures pour la santé et la sécurité au travail, une protection contre la violence et le harcèlement, ainsi qu’un accès à la sécurité sociale. Côté rémunération, le traité prévoit des garanties concrètes : versement intégral et en temps voulu, respect du salaire minimum quand il existe, prise en charge de certains frais et transparence sur les retenues.

Mais tous les pays ne voient pas cette avancée d’un même œil. L’Inde, le Bangladesh et les États-Unis ont demandé une application flexible, adaptée aux contextes nationaux. Le représentant indien a insisté sur la nécessité de préserver une certaine souplesse pour ne pas freiner la croissance des petites entreprises et des start-ups. Les États-Unis ont appelé à « la plus grande prudence », estimant que des règles trop rigides pourraient entraver l’innovation et nuire aux travailleurs elles-mêmes. Du côté des syndicats, Jeroen Beirnaert, de la Confédération syndicale internationale, salue une « avancée majeure » mais pointe un risque : la convention autorise certaines exclusions limitées, et des catégories entières pourraient rester sans protection si les États ne justifient pas clairement leurs choix.

Concrètement, ce traité répond à une réalité massive. Selon la Banque mondiale, jusqu’à 435 millions de personnes travaillaient en 2023 pour des plateformes numériques, souvent sans filet de sécurité. Ces emplois offrent une certaine flexibilité, mais les conditions de travail sont largement imposées par des contrats de service unilatéraux. Comme le rappelle l’ONG Human Rights Watch, les entreprises classent souvent ces travailleurs comme indépendants pour contourner le droit du travail : pas de salaire minimum garanti, pas de sécurité sociale, pas de protection contre les accidents. La convention prendra effet un an après sa ratification par au moins deux États. Ensuite, chaque pays qui la ratifie devra l’appliquer dans le même délai. Le chemin vers une protection universelle est encore long, mais le premier pas est fait.

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