Économie
Des data centers géants poussent partout en France, et ça chauffe sur le terrain
Entre promesses d’investissements records et craintes écologiques, la multiplication des usines numériques de l’IA provoque des tensions grandissantes…


Entre promesses d’investissements records et craintes écologiques, la multiplication des usines numériques de l’IA provoque des tensions grandissantes dans l’Hexagone.
La France veut sa part du gâteau de l’intelligence artificielle. Après une première salve de 109 milliards d’euros d’investissements dans l’IA, une nouvelle moisson de 93 milliards vient d’être annoncée, tirée par d’immenses data centers dans les Hauts-de-France. Ces entrepôts de serveurs, indispensables à l’entraînement et au fonctionnement de l’IA, avalent une quantité d’électricité phénoménale. Le gouvernement estimait en janvier que la puissance électrique recherchée pour ces projets atteignait 28,6 GW. C’est près de la moitié de toute la puissance nucléaire installée en France aujourd’hui. Et 5,8 GW sont déjà sécurisés, en attente de raccordement.
Mais sur le terrain, l’accueil est loin d’être unanime. À Marseille et dans ses environs, des collectifs citoyens se mobilisent. Aux Pennes-Mirabeau, un projet de data center de 70 MW porté par l’opérateur japonais Telehouse inquiète les habitants. Philippe Chabeaudy, qui a vécu un violent incendie dans le secteur en 2016, s’alarme : le data center rejettera l’équivalent de la chaleur produite par 70 000 chauffages électriques pour refroidir ses serveurs, alors qu’il se trouve à 85 mètres d’une pinède. Le risque d’incendie est réel. Et ce n’est pas un cas isolé. Une trentaine de groupes d’opposants seraient désormais mobilisés un peu partout.
Les projets s’étendent aussi géographiquement. Fini le temps où les data centers se concentraient autour de Paris, Marseille ou du Nord. Avec l’essor de l’IA, les opérateurs n’ont plus forcément besoin d’être proches des grandes métropoles. Ils installent désormais des fermes de plusieurs centaines de mégawatts sur des dizaines d’hectares, souvent en zone rurale ou périurbaine. C’est le cas à Châteauroux, dans l’Indre, où le maire se réjouit d’accueillir le premier data center détenu en propre par la France. L’investissement de 300 millions d’euros pour le réseau électrique prévoit 90 kilomètres de ligne haute tension. Mais l’élu écologiste Jérémie Godet dénonce un projet de 195 hectares, l’équivalent de 279 terrains de football. Selon lui, la puissance attendue de 1,2 à 1,3 GW dépasse la consommation électrique annuelle de tout le département.
La contradiction environnementale est au cœur des débats. Certes, l’électricité française est décarbonée à 95%. Mais en cas de panne, ces data centers s’appuient sur d’énormes groupes électrogènes au gazole, particulièrement polluants. Des associations comme France Nature Environnement dénoncent une législation de plus en plus permissive, qui contourne les réglementations environnementales et réduit les possibilités d’information du public. À Wissous, en Essonne, trois associations attaquent en justice un projet de data center artificiellement divisé en plusieurs parties pour échapper aux règles. Les élus locaux, eux, sont souvent partagés entre l’attrait des milliards d’investissements et les craintes des habitants. Le délégué général de France Datacenter assure qu’il n’y a jamais eu de volonté de forcer la main des élus. Mais pour le Shift Project, cette course aux data centers revient à prioriser l’électricité pour l’IA, alors que d’autres usages comme les véhicules électriques en auront aussi cruellement besoin. La question est posée : à qui profite vraiment ce gigantisme numérique ?
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