Europe
Un ancien général syrien jugé en Autriche pour torture
Ce procès est un événement rare en Europe. Deux ex-responsables syriens sont accusés d’avoir torturé des opposants à Raqqa entre 2011 et 2013.
Lundi à Vienne, un ancien général des renseignements syriens, Khaled al-Halabi, 63 ans, et un ex-chef de la police criminelle locale, Musab Abu Rukhbah, ont comparu devant un tribunal. Ils sont poursuivis pour des actes de torture commis sur des opposants au régime de Bachar al-Assad, dans une période où Raqqa était encore sous contrôle gouvernemental. Les deux hommes, qui plaident non coupables, avaient demandé l’asile en Autriche en 2015 et y vivent depuis. Le parquet décrit une violence systématique, avec des méthodes de torture standardisées. L’ancien général, lui, nie tout ordre en ce sens. Selon lui, aucune instruction du gouvernement ne prévoyait de tels actes. Il risque jusqu’à dix ans de prison pour torture, contrainte aggravée, contrainte sexuelle et multiples lésions corporelles graves. Son co-accusé, qui n’a pas encore témoigné, fait face aux mêmes charges et à la même peine maximale.
Le tribunal autrichien peut juger cette affaire parce que les accusés résident en Autriche. Les traités internationaux imposent à ce pays de poursuivre ce type de crimes. Treize jours d’audience sont prévus jusqu’au 30 juin, avec des témoignages de victimes venues de Syrie ou d’Europe. Mais certains estiment que les charges sont trop légères. Anwar al-Bunni, un avocat syrien exilé en Allemagne et lui-même ancien prisonnier, regrette que les deux hommes ne soient pas inculpés pour crimes contre l’humanité. En Allemagne, un premier procès pour torture en Syrie avait abouti en 2022 à une condamnation à perpétuité. Cette différence de qualification interpelle. L’avocat souligne que la torture systématique devrait être jugée plus durement.
L’affaire comporte aussi un volet trouble sur la façon dont l’ancien général a pu quitter la Syrie puis la France pour se réfugier en Autriche. Le parquet évoque une exfiltration organisée par le Mossad israélien en mai 2015, avec l’aide de hauts fonctionnaires autrichiens. Une opération baptisée « lait blanc » aurait été pilotée par un ancien chef du renseignement autrichien, aujourd’hui en fuite à Dubaï. Ces fonctionnaires avaient été relaxés en 2023 faute de preuves suffisantes. Interrogé, Khaled al-Halabi dit ne pas savoir comment il a été aidé, évoquant simplement des proches. Des associations de victimes, comme le Centre international pour l’application des droits humains, tirent la sonnette d’alarme. Leur représentante, interrogée par l’agence APA, insiste : « L’Autriche ne doit pas devenir un refuge pour les criminels de guerre. » Elle représente 18 des 21 victimes identifiées dans ce dossier.
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