Culture
Renaissance artistique ukrainienne : quand la guerre devient un moteur de création
La seconde édition de la foire Art Kyiv révèle une génération d’artistes ukrainiens dont l’invasion russe a bouleversé le destin et libéré la créativité.
Olena Kharakhoulakh expose une série de collages où des visages de statues sont sectionnés, des lames acérées apparaissent et des fumées inquiétantes se dessinent en arrière-plan. Cette artiste de 36 ans raconte sa métamorphose intérieure provoquée par le conflit. En janvier 2023, un missile russe a frappé un immeuble situé à trois cents mètres de son domicile à Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, faisant quarante-cinq morts et soixante-dix-neuf blessés. Cette tragédie a agi comme un électrochoc. Elle confie avoir compris qu’il ne fallait plus attendre le moment idéal pour agir et qu’il fallait réaliser ses aspirations immédiatement. Alors qu’elle avait longtemps repoussé son désir de se consacrer à l’art conceptuel, elle s’est lancée dès le lendemain du bombardement, abandonnant son activité de conceptrice d’objets en verre. Selon elle, pour renaître, il est nécessaire de se défaire de certaines choses, pas forcément de manière littérale, mais en détruisant des peurs qui nous limitent.
Vlada Lobus a dû quitter Dnipro pour se réfugier en Pologne. Diplômée en économie politique, c’est par la peinture puis la photographie qu’elle a affronté le traumatisme de la guerre et de l’exil. Elle se reconstruit à travers un autoportrait composé de gros plans en cyanotypes assemblés dans un désordre savamment orchestré, mêlant un œil, des mains, un coude et les courbes d’un corps. Elle explique qu’après un événement traumatique, la perception de soi se transforme, impliquant une déconstruction puis une reconstruction de l’identité. Deux de ses œuvres étaient présentées lors de cette foire.
Le conflit, qui entre dans sa cinquième année, a fait des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés. Les autorités recensent au moins 346 artistes ukrainiens tués depuis le début de l’invasion. Pourtant, selon Anna Avetova, directrice d’Art Kyiv, la scène artistique ukrainienne n’a pas été paralysée. Au contraire, l’invasion a placé le pays sous les projecteurs internationaux, permettant à de nombreux artistes et galeries de se faire connaître à l’étranger durant les premières années du conflit. Aujourd’hui, si la guerre n’est plus un thème aussi explicite dans les créations, elle demeure un fil conducteur qui imprègne tous les projets et toutes les nouvelles œuvres.
Ioulia Choulga présente un collage issu de sa série « Lettre d’amour » dédiée à Kiev. L’hôtel Salute, emblème de l’architecture soviétique, émerge d’un récif de corail sur fond rose vif, surmonté d’un astronaute et d’une boule disco faisant office de lune. Cette œuvre interroge la fragmentation des existences bouleversées par la guerre. Elle explique que les Ukrainiens tentent de se reconstruire à partir de leurs morceaux brisés, en les recollant ensemble. Cet hôtel à l’allure de vaisseau spatial évoque les promenades de son enfance avec son père dans le parc voisin. Employée dans les ressources humaines sans formation artistique, c’est la guerre qui a bouleversé sa vie. L’idée du collage lui est venue alors qu’elle marchait dans une rue de Londres. Ses œuvres, exposées jusqu’au Japon, constituent pour elle un moyen de dialoguer avec le monde.
Irina Tchérémissina accorde une importance particulière à présenter son art dans son pays natal. En 2014, des forces séparatistes soutenues par la Russie ont pris le contrôle d’une partie de l’est de l’Ukraine. Elle a dû quitter Donetsk avec sa famille pour la capitale, puis quitter l’Ukraine en 2022 pour l’Espagne afin de protéger ses enfants. Ayant grandi en entendant que l’art n’était pas une carrière respectable, elle travaillait dans le commerce international, ses élans créatifs relégués au rang de simple loisir. Tout a basculé en 2022, lorsqu’elle a perdu son père, son emploi et sa maison en Ukraine, complètement détruite par les flammes. Seule la photographie lui a permis de surmonter ce deuil. À quarante-cinq ans, elle se consacre désormais pleinement à la création artistique. Plusieurs de ses œuvres ont été sélectionnées pour Art Kyiv. Elle enrichit ses autoportraits de découpage, de collage et de broderie, invitant le public à ressentir les textures et les différentes strates, ainsi que la présence de ses mains. Pour elle, laisser une partie d’elle-même en Ukraine est essentiel, une manière de dire aux gens de survivre.
-
Faits DiversEn Ligne 6 joursUn colis commandé en ligne livre une surprise inattendue dans le Tarn-et-Garonne
-
CultureEn Ligne 6 joursCoward : deux jeunes acteurs sacrés ensemble à Cannes
-
SportsEn Ligne 6 joursChristophe Galtier, une piste sérieuse pour le banc de l’OM ?
-
SportsEn Ligne 3 joursLe triomphe amer de Narbonne : une montée en Pro D2 sous le signe des rancœurs
-
NewsEn Ligne 6 joursÉcole, salaires, frontières et IA : les quatre piliers du programme présidentiel de Gabriel Attal
-
PolitiqueEn Ligne 4 joursVillepin étrille la candidature d’Attal à l’Élysée
-
Faits DiversEn Ligne 1 jourUne adolescente de 16 ans fauchée par un camion-toupie à Alfortville
-
SportsEn Ligne 6 joursNice menace la LFP de poursuites judiciaires pour ses internationaux en barrages