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Politique

L’abricot arménien pris en étau dans la guerre froide entre Erevan et Moscou

Dans le verger d’Aramais Kazaryan, les abricots mûrissent sous le soleil de la vallée de l’Ararat. Mais cet agriculteur de 75 ans regarde ses fruits avec…

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L'abricot arménien pris en étau dans la guerre froide entre Erevan et Moscou

Dans le verger d’Aramais Kazaryan, les abricots mûrissent sous le soleil de la vallée de l’Ararat. Mais cet agriculteur de 75 ans regarde ses fruits avec angoisse, piégé par une interdiction russe qui frappe tout un pays.

Aramais Kazaryan a planté son premier abricotier en 1991, à la chute de l’URSS. Pendant trente-quatre ans, il a vendu sa production quasi exclusivement à la Russie. Aujourd’hui, les douanes russes lui ferment la porte. Depuis quelques jours, Moscou interdit l’importation des fruits, légumes, fleurs, eau minérale, poisson, vin et brandy arméniens. Officiellement, des contrôles sanitaires. Officieusement, beaucoup y voient une punition politique. L’Arménie, longtemps alliée fidèle du Kremlin, s’est rapprochée de l’Union européenne et de Washington. Elle a gelé sa participation à l’OTSC, l’alliance militaire russe. Le Premier ministre Nikol Pachinian a même entamé des discussions avec Bruxelles. La réponse de Moscou ne s’est pas fait attendre.

Dans les vergers de Vosketap, à quelques kilomètres de la frontière turque, les conséquences sont immédiates. « Pendant des décennies, ce commerce a fonctionné normalement. Et soudain, tout a changé », souffle Aramais Kazaryan. L’abricot, symbole national que les Romains appelaient « pomme d’Arménie », se retrouve au cœur d’une guerre commerciale indirecte. L’économiste Aramyan rappelle un chiffre vertigineux sur 200 millions de dollars de fruits, légumes et fleurs frais exportés en 2025, plus de 93% partaient vers la Russie. Rediriger un tel volume est quasi impossible. Le gouverneur de la Banque centrale prévient que l’économie arménienne pourrait se contracter de 2% si les producteurs ne trouvent pas rapidement de nouveaux débouchés.

Face à l’urgence, Erevan tente de limiter la casse. Le gouvernement a débloqué des subventions pour les exportateurs sous serre et pris en charge une partie des droits de douane vers l’Europe. Bruxelles a promis plus de 50 millions d’euros d’aide immédiate et un accès sans taxe pour près de 80% des exportations arméniennes. Des investisseurs italiens ont déjà planté des vergers dans un village voisin et commencent à expédier leurs fruits vers l’Italie. Mais pour Aramais Kazaryan, ces solutions tardent. « Cela ne vise ni Pachinian ni les dirigeants, mais notre peuple », dit-il, les yeux embués. Dans les campagnes, beaucoup craignent faillites et tensions sociales. Le temps presse. Les abricots, eux, continuent de mûrir.

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