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La frontière de Gibraltar s’efface, des milliers de travailleurs respirent

Ce mercredi, un traité entre l’Espagne et le Royaume-Uni supprime les contrôles physiques à l’entrée de Gibraltar. Pour les 15 000 Espagnols qui y…

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La frontière de Gibraltar s'efface, des milliers de travailleurs respirent

Ce mercredi, un traité entre l’Espagne et le Royaume-Uni supprime les contrôles physiques à l’entrée de Gibraltar. Pour les 15 000 Espagnols qui y travaillent chaque jour, c’est la fin des attentes interminables et des incertitudes.

Jusqu’ici, traverser la frontière entre l’Espagne et Gibraltar relevait du parcours du combattant. Files de voitures longues de plusieurs kilomètres, contrôles aléatoires, temps de passage imprévisibles. Les travailleurs espagnols, qui représentent près de la moitié de la main-d’œuvre du Rocher, devaient souvent quitter leur domicile sans savoir à quelle heure ils rentreraient le soir. Un responsable syndical de la région, Manuel Triano Paulete, résume le soulagement général en parlant d’une épée de Damoclès qui disparaît enfin. L’accord signé mardi à Bruxelles entre l’Union européenne et le Royaume-Uni change la donne. Il abolit les barrières physiques et intègre Gibraltar dans l’espace Schengen pour la circulation des personnes et des biens. Conséquence concrète des ouvriers démontent depuis plusieurs semaines l’ancienne clôture métallique et les postes-frontières qui séparaient l’enclave du continent.

Cette fluidité nouvelle, le patronat local l’attendait avec impatience. Owen Smith, qui préside la Fédération des petites entreprises de Gibraltar, voit dans cet accord un moyen de recruter et de fidéliser plus facilement les travailleurs espagnols. Sur place, l’économie repose sur les services financiers et les jeux d’argent en ligne. Gibraltar, minuscule territoire de 40 000 habitants plus petit que le bois de Vincennes, affiche l’un des revenus les plus élevés au monde. Mais depuis le Brexit en 2020, la relation avec l’Union européenne restait en suspens. Un accord provisoire de dernière minute avait maintenu la libre circulation à la frontière, mais sans solution définitive. Les tensions avec Madrid, qui n’a jamais renoncé à revendiquer la souveraineté de ce bout de rocher cédé à la couronne britannique en 1713, ont régulièrement ravivé les contrôles stricts. Le comble avait été atteint en 1969, quand le dictateur Franco avait carrément fermé la frontière après un référendum en faveur du maintien sous souveraineté britannique. Il avait fallu attendre 1985 pour une réouverture totale.

Aujourd’hui, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez parle d’abattre le dernier mur qui subsiste au sein de l’Union européenne. Le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, évoque la levée des barrières physiques d’une époque révolue, tout en insistant sur la préservation des clés de leur propre porte d’entrée. Derrière les déclarations politiques, c’est surtout le quotidien de milliers de personnes qui change. Fini les réveils à l’aube pour parer au pire. Terminée l’angoisse de se faire coincer par un contrôle renforcé sur un coup de tension diplomatique. Ce traité ne règle pas la question épineuse de la souveraineté, mais il offre une certitude concrète à ceux qui vivent la frontière tous les jours. Une respiration pour le Rocher et pour ses voisins espagnols.

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