Monde
Procès collectifs au Salvador, l’ombre portée de la lutte anti-gangs

_**La justice salvadorienne multiplie les audiences de masse, où des centaines d’accusés sont jugés simultanément. Une méthode dénoncée par des avocats et des familles, qui craignent que des innocents ne soient emportés dans cette mécanique judiciaire expéditive.**_
Le système judiciaire salvadorien a engagé une profonde transformation sous le régime d’exception en vigueur depuis quatre ans. Des audiences regroupant des dizaines, voire des centaines de prévenus, se tiennent désormais régulièrement. Les accusés, suspectés d’appartenance à des groupes criminels, suivent les débats depuis leurs cellules via des écrans, tandis que juges et avocats siègent dans une salle d’audience dédiée.
Cette approche collective du traitement pénal suscite de vives inquiétudes. Des proches de détenus et des défenseurs affirment que des individus sans antécédents se retrouvent mêlés à ces procédures massives. Ils dénoncent une présomption de culpabilité et une individualisation insuffisante des charges. Pour la défense, ces audiences ressemblent à une formalité, les récentes modifications législatives ayant notamment supprimé l’examen préalable des preuves.
Les autorités justifient ces procédures par la nécessité de faire face à un volume exceptionnel d’affaires, dans le contexte de la campagne menée contre les gangs. Le vice-président de la République a qualifié ces méthodes d’innovantes, évoquant une responsabilité collective et des peines adaptées à la hiérarchie au sein des groupes criminels. Une réforme récente a par ailleurs instauré la possibilité de peines de réclusion à perpétuité pour des actes qualifiés de terrorisme, une catégorie qui inclut les activités des gangs.
Les conditions de la détention provisoire et le déroulement des enquêtes préalables font également l’objet de critiques. Des organisations de défense des droits humains ont rapporté des arrestations fondées sur des dénonciations anonymes ou visant à remplir des objectifs chiffrés. L’isolement des détenus et la confidentialité des dossiers compliquent considérablement le travail des avocats, dont beaucoup, commis d’office, disent être débordés.
L’angoisse des familles est palpable. Certaines s’endettent pour financer une défense, tandis que d’autres ignorent l’état de santé de leurs proches incarcérés. Le sentiment prévaut d’une justice aveugle, où le risque d’erreur judiciaire serait accru par la rapidité et le caractère groupé des procédures. Pour ses détracteurs, ce système, présenté comme une réponse à l’insécurité, s’éloigne des garanties fondamentales d’un procès équitable.

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