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Partir, mourir un peu et survivre: à Perpignan, le « rêve français » brisé de migrants

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Un jeune migrant qui vient de traverser la frontière franco-espagnole marche vers Cerbère (Pyrénées-Orientales) le 12 mai 2021 ©Raymond Roig

Quand depuis l’Espagne ils aperçoivent enfin Cerbère, paisible petit village fouetté par les vents marins, le « rêve français » semble si proche. Mais pour beaucoup de ces hommes et femmes venus d’Afrique au péril de leur vie, le désenchantement opère rapidement.

A pied ou en train, parfois cachés dans des camions, le passage le plus emprunté par les migrants à la frontière franco-espagnole a longtemps été du côté du Pays Basque.

Mais depuis 2020, ils sont toujours plus nombreux à tenter la traversée plus à l’est, par les Pyrénées-Orientales, selon la Police aux frontières (PAF). Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture n’a donné aucun chiffre.

La mine grise et le regard las, Nasser*, un trentenaire algérien arrivé en France il y a quatre mois, accepte de raconter son histoire depuis un squat de fortune où il survit à Perpignan.

Avec le départ au printemps 2019 de Bouteflika, président de l’Algérie durant 20 ans, « on a cru que nos vies s’amélioreraient », confie-t-il. Un espoir vite douché.

Pour cet ancien maçon ayant participé aux marches hebdomadaires du mouvement antirégime Hirak, la route de l’exil est ainsi devenue une évidence: « Pour offrir un avenir meilleur à ma fille », restée en Algérie.

« J’ai déboursé l’équivalent de 3.000 euros pour faire la traversée en zodiac jusqu’à Almeria en Espagne. On a failli y passer plusieurs fois. Depuis, j’ai l’impression d’être un peu mort », détaille-t-il péniblement, les yeux rivés sur une barquette de couscous froid.

« Je ne suis pas venu en France mendier. Je rêvais uniquement de pouvoir travailler honnêtement. Mais il n’y a rien pour nous ici, rien », constate amèrement Nasser.

Dans la cité catalane, le trentenaire erre de squat en squat, après avoir dormi à la rue. A la nuit tombée, il rejoint une dizaine d’autres « harragas » (migrants clandestins, ndlr) près d’un terrain vague à la sortie de Perpignan, où ils partagent cigarettes, bons plans et souvent des silences lourds.

« Nouvelle route »

Comme lui, ils sont 40.106 migrants, d’Afrique du Nord et subsaharienne principalement, à avoir atteint par la mer les côtes espagnoles en 2020, contre 26.168 l’année précédente, soit un bond de plus de 53%, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Dans son village frontalier de 1.300 âmes, le maire de Cerbère Christian Grau a lui aussi ressenti en 2020 une « importante augmentation du flux migratoire ».

« Des groupes de 20, 30, parfois jusqu’à 50 migrants arrivaient jour et nuit » au village, dit-il.

Un an plus tard, et avec le renfort de policiers et gendarmes aux points de passages promis en novembre par le président Emmanuel Macron, la traversée se fait désormais plutôt en solo.

T-shirt rouge et sac noir en bandoulière comme seul bagage, un homme d’une vingtaine d’années a réussi à éviter les contrôles et presse le pas sur une route fendant les collines de Cerbère.

Il demande un peu d’eau à un touriste en camping-car, puis le chemin de la gare, constate un photographe de l’AFP lors d’une journée ensoleillée de mai.

L’extrémité sud de la côte Vermeille « est une nouvelle route pour les migrants, c’est sûr », affirme M. Grau.

Et à Perpignan, plus grande ville de France dirigée par le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), le maire Louis Aliot évoque « plusieurs dizaines d’étrangers clandestins qui pénètrent chaque jour sur notre sol » depuis l’Espagne, dans une lettre adressée en novembre à M. Macron.

Les associations aidant les migrants disent, elles, se sentir « dépassées » depuis un an.

« On n’arrive plus à aider tout le monde. Avant on distribuait 40 repas par jour, aujourd’hui on en est à plus de 200 », témoigne Fatouma M. H., vice-présidente de l’association Au cœur de l’humanité 66.

Infatigable, la jeune femme transporte tous les soirs sur son tricycle des dizaines de repas aux personnes sans-abris de Perpignan, « harragas fraîchement débarqués ou SDF avec des problèmes d’addiction ».

« Certaine candeur »

A la Cimade, association défendant le droit des réfugiés et migrants, Jacques Ollion explique « l’importante hausse du nombre d’arrivées » ces derniers mois, notamment d’Algérie, par « l’inaction du gouvernement (local) qui a douché les espoirs d’une jeunesse désespérée ».

Depuis quelques mois, grèves, augmentation du chômage et paupérisation s’ajoutent dans ce pays d’Afrique du nord à une profonde crise économique née de la chute de la rente pétrolière et aggravée par la pandémie de coronavirus. Le salaire minimum stagne à un peu plus de 125 euros.

Le responsable local de la Cimade pointe néanmoins une « certaine candeur » des nouveaux arrivants, « sans véritable projet construit ».

Yassine*, un menuisier algérien de 28 ans, à Perpignan depuis neuf mois, se sent « pris au piège ».

« On nous traite de voleurs, alors que la seule chose dont on rêve est d’avoir un emploi. Chez moi, j’étais au chômage et on m’avait dit qu’il y aurait du travail ici. Où ? Quel travail ? Je ne trouve rien », murmure le jeune homme.

Yassine comme « bien d’autres +harragas+ » à la rue réfléchit sérieusement à un moyen de faire le voyage en sens inverse.

« Ils se rendent compte qu’ils sont condamnés à une vie de clandestinité. Ce constat d’échec est un moment très difficile, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur famille, mais aussi des autorités puisqu’un migrant illégal qui revient en Algérie peut être condamné à une peine d’emprisonnement », souligne M. Ollion.

Pour retourner « au bled », il leur semble donc inenvisageable d’emprunter les routes « légales », même si Alger vient d’annoncer l’ouverture partielle de ses frontières en juin, fermées depuis plus d’un an à cause de la crise sanitaire.

Il leur faudra donc, une nouvelle fois, recourir à des passeurs, et une nouvelle fois, risquer leur vie.

* Les prénoms ont été changés

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L’Abbé Pierre accusé d’agressions sexuelles par plusieurs femmes

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L'Abbé Pierre accusé d'agressions sexuelles par plusieurs femmes

Un rapport indépendant publié mercredi révèle que l’Abbé Pierre, figure emblématique en France, est accusé d’agressions sexuelles commises entre la fin des années 1970 et 2005 par plusieurs femmes.

L’Abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, longtemps personnalité préférée des Français et défenseur des sans-abri et des mal-logés, fait l’objet de graves accusations d’agressions sexuelles. Selon un rapport commandé par Emmaüs International, Emmaüs France et la Fondation Abbé Pierre, sept femmes ont témoigné de comportements pouvant s’apparenter à des agressions sexuelles ou à du harcèlement sexuel de la part de l’Abbé Pierre entre la fin des années 1970 et 2005. L’une des victimes était mineure au moment des faits.

Ces accusations font suite à un témoignage initial rapportant une agression sexuelle par l’Abbé Pierre, ce qui a conduit à une enquête menée par le cabinet Egaé, expert en prévention des violences. Les organisations impliquées ont salué le courage des victimes et affirmé leur soutien, tout en reconnaissant que ces révélations changent profondément le regard porté sur l’Abbé Pierre, connu pour son combat contre la pauvreté.

Le rapport Egaé indique que 12 personnes ont été entendues dans le cadre de l’enquête, et que des témoignages de sept femmes ont été recueillis, décrivant des violences subies de la part de l’Abbé Pierre sur plusieurs décennies. Parmi les faits signalés figurent des comportements inappropriés, des propositions sexuelles, des propos à connotation sexuelle et des tentatives de contacts physiques non sollicités.

Une des victimes rapporte que l’Abbé Pierre lui a tripoté le sein gauche alors qu’elle se trouvait au pied d’un escalier. Plus tard, il a tenté de l’attirer vers une fenêtre malgré son refus. Une autre femme raconte que lors d’un au revoir, il a introduit sa langue dans sa bouche de manière brutale et inattendue. L’autrice du rapport, Caroline de Haas, souligne une « forme d’emprise » alimentée par la différence d’âge, le statut de l’Abbé Pierre et la situation de subordination des victimes.

Un dispositif de recueil de témoignages et d’accompagnement a été mis en place par les trois associations pour les victimes ou témoins de comportements inacceptables de la part de l’Abbé Pierre. Aucun signalement à la justice n’a été fait à ce stade, selon une source interne à Emmaüs.

La Conférence des évêques de France a exprimé sa « douleur » et sa « honte » à la suite de ces révélations. Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, a qualifié ces faits de « déflagration » et a exprimé la volonté des associations de soutenir les victimes et de leur donner la parole.

Dans une boutique Emmaüs à Paris, une habituée de 83 ans, Colette, se dit « estomaquée » par ces accusations. Elle reconnaît l’admiration qu’elle a pour l’Abbé Pierre et son œuvre, tout en admettant que si les accusations sont vraies, ces femmes ont dû souffrir énormément.

Ces révélations bouleversent profondément les structures d’Emmaüs et jettent une nouvelle lumière sur une figure longtemps vénérée pour son engagement social.

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JO-2024: le périmètre de protection de la cérémonie d’ouverture déployé jeudi

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JO-2024: le périmètre de protection de la cérémonie d'ouverture déployé jeudi

À partir de jeudi et jusqu’au 26 juillet, Paris activera le périmètre de sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme (SILT) autour des quais de Seine en préparation de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques.

À partir de jeudi, un périmètre de sécurité sera instauré aux abords des quais de Seine à Paris, en vue de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques le 26 juillet. Cet événement historique, qui se déroulera sur la Seine, prévoit d’accueillir 326 000 spectateurs, dont 104 000 avec des places payantes sur les quais bas et 222 000 avec des places gratuites sur les quais hauts. Ce sera la première fois dans l’histoire des Jeux que la cérémonie d’ouverture se tiendra en dehors d’une enceinte sportive.

Accès au périmètre de protection

Seuls les athlètes, spectateurs munis d’un billet, et les personnes accréditées par le Comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques seront autorisés à entrer dans le périmètre. Ils devront se soumettre à des fouilles et des palpations et présenter un « pass jeux » avec QR Code, après une enquête administrative. La circulation des véhicules motorisés sera interdite dans cette zone, sauf pour ceux disposant d’une accréditation Paris 2024.

Le périmètre de protection couvrira presque tous les bords de Seine de Paris, du pont de Tolbiac au pont du Garigliano. Les passages d’une rive à l’autre, du pont d’Austerlitz à la passerelle Debilly, seront inclus dans le périmètre « SILT ». La zone s’étendra également de la place du Trocadéro au Champ de Mars, et inclura les îles Saint-Louis et de la Cité ainsi que le jardin des Tuileries.

À partir du 18 juillet et pendant toute la durée des Jeux, des périmètres « rouge et bleu » seront activés autour des sites de compétition. La circulation motorisée sera interdite dans le périmètre rouge, sauf pour les détenteurs d’un laissez-passer, tandis que le périmètre bleu déviera les véhicules en amont des zones concernées.

Les périmètres « SILT » seront en place du 18 au 26 juillet pour préparer la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, qui verra défiler 10 500 athlètes de 206 délégations sur un parcours de 6 kilomètres, du pont d’Austerlitz au pont d’Iéna. Le démontage du périmètre commencera dès le 27 juillet.

Pour suivre les impacts routiers des périmètres de sécurité, une carte est disponible sur le site anticiperlesjeux.gouv.fr. La plateforme « pass-jeux », qui délivre les laissez-passer numériques permettant d’accéder à certaines zones de Paris, est accessible sur pass-jeux.gouv.fr.

Cette mise en place de sécurité vise à garantir la protection des spectateurs, athlètes et riverains durant cet événement majeur, tout en facilitant l’organisation et la fluidité des déplacements dans la capitale.

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Politique : la démission du gouvernement Attal acceptée par Emmanuel Macron

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Politique : la démission du gouvernement Attal acceptée par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a accepté la démission de Gabriel Attal, son Premier ministre, et de l’ensemble du gouvernement, annonce l’Élysée dans un communiqué.

Le gouvernement de Gabriel Attal a officiellement démissionné. Lors du Conseil des ministres de ce mardi, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il accepterait la démission de son Premier ministre et du gouvernement « d’ici ce soir ». Cette décision a été confirmée en fin d’après-midi par un communiqué de l’Élysée. Gabriel Attal et les membres de son gouvernement continueront à gérer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau cabinet.

Dans son communiqué, la présidence a réitéré son appel à « bâtir un rassemblement autour de projets et d’actions au service des Françaises et des Français ». Un participant à ce dernier Conseil des ministres a rapporté que le président a remercié Gabriel Attal et les ministres pour leur service, suivi d’applaudissements. Gabriel Attal, âgé de 35 ans, était devenu le plus jeune Premier ministre de la Ve République, succédant à Élisabeth Borne il y a six mois. Cependant, l’identité de son successeur reste incertaine, le Nouveau Front populaire, majoritaire aux élections législatives, n’ayant pas encore trouvé de candidat consensuel.

Lors de ce dernier Conseil des ministres, Gabriel Attal a souligné : « Nous aurions pu disparaître. Nous avons évité le pire. L’avenir est à écrire ». Il a également adressé quelques mots à Emmanuel Macron : « Je sais, Monsieur le Président de la République, pour connaître les femmes et les hommes autour de cette table, que toutes et tous ont la France au cœur et que la flamme ne s’éteint jamais pour ceux qui veulent servir les Français ». Attal a assuré que son gouvernement continuerait à assurer la continuité de l’État « jusqu’à la dernière minute », aussi longtemps que nécessaire, en vue des événements majeurs à venir pour le pays.

La présidence, dans son communiqué, a insisté sur l’importance de l’unité et de la coopération pour le bien-être des Français, en soulignant le besoin de continuer à travailler ensemble malgré les défis politiques actuels.

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