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RDC : la colère gronde face aux enterrements précipités des victimes d’Ebola

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Dans l’est de la République démocratique du Congo, les proches des défunts emportés par le virus expriment leur détresse et leur mécontentement devant des rites funéraires bâclés, tandis que la riposte sanitaire se heurte aux croyances et aux coutumes locales.

Une brève émeute a éclaté à l’hôpital de Rwampara, dans la province de l’Ituri, une région déjà éprouvée par l’insécurité. Des manifestants ont incendié les tentes destinées à isoler les malades, ne laissant que des structures calcinées. L’incident a débuté après le décès d’un jeune homme de 24 ans, fils d’un militaire, rapporte un responsable hospitalier. La famille réclamait le corps pour organiser des funérailles, ce que les protocoles sanitaires interdisent formellement.

Le virus Ebola, extrêmement contagieux, se transmet par contact prolongé avec les fluides corporels. Cette dix-septième épidémie déclarée en RDC est suspectée d’avoir causé 177 décès sur près de 750 cas probables, selon l’Organisation mondiale de la santé. En l’absence de vaccin ou de traitement homologué contre la souche Bundibugyo, la lutte repose essentiellement sur les mesures barrières et la détection rapide des cas.

Dans les zones rurales, les pratiques funéraires traditionnelles compliquent l’action des équipes médicales. Les proches se précipitent sur les dépouilles, touchent les corps et les vêtements des défunts, et organisent des veillées rassemblant de nombreuses personnes, explique Jean Marie Ezadri, responsable de la société civile de l’Ituri. Ces gestes, ancrés dans les coutumes, favorisent malheureusement la propagation du virus.

Devant l’hôpital de Rwampara, les familles de trois patients décédés attendent nerveusement l’inhumation. « Mon frère n’est pas mort d’Ebola, c’est une maladie imaginaire », lance Jérémie Arwampara, 22 ans. « Pourquoi refusent-ils de nous céder le corps ? C’est mon grand frère, je ne peux pas avoir peur de lui », renchérit Ezekiel Shambuyi. Les militaires ont dispersé les manifestants à coups de sommation, et un infirmier a été blessé par une pierre.

À l’abri des murs de l’hôpital, les soignants enfilent combinaisons, gants et lunettes de protection avant de sortir trois cercueils blancs et noirs, déposés sur un triporteur. Parmi les défunts se trouve le père de Musa Amuri, venu lui dire un dernier adieu. « Ils sont en train de partir enterrer notre papa sans que nous le voyions, ça me fait mal au cœur », confie-t-il. Le cortège funèbre, escorté par des véhicules militaires et policiers, se dirige vers le cimetière de Rwampara.

Les forces de sécurité congolaises, souvent accusées d’indiscipline lors des précédentes épidémies, ont alimenté la défiance envers les équipes médicales. Certains émeutiers de l’hôpital étaient des militaires proches du défunt, qui ont menacé les soignants avec leurs armes, selon un responsable hospitalier.

Le crépuscule tombe sur les collines environnantes lorsque l’enterrement a lieu, à l’écart de la ville. Les cercueils sont aspergés de produit désinfectant puis rapidement mis en terre par des équipes en combinaisons intégrales. Des proches éclatent en sanglots, tandis qu’un chant funèbre résonne faiblement et qu’un pasteur récite quelques versets bibliques. « Il était seulement malade, que le gouvernement nous vienne en aide », implore Maman Léonie, refusant de croire que son frère était atteint du virus.

Les services de l’État congolais sont largement absents depuis des décennies dans les zones rurales de l’Ituri. Les habitants, déjà victimes des groupes armés qui y commettent des massacres en toute impunité, blâment la lenteur de la riposte contre l’épidémie. À Mongbwalu, la population a désormais compris l’ampleur de la situation et sait qu’il ne faut pas toucher les corps, affirme un responsable hospitalier. Il s’inquiète toutefois que les lieux d’isolement et de triage ne soient pas encore installés, laissant les cas suspects mélangés à d’autres malades dans les chambres de l’hôpital, avec un risque élevé de contamination.

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