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Maduro parti, l’espoir a déjà fondu dans les assiettes vénézuéliennes

Huit mois après la capture du dirigeant, la joie des Vénézuéliens laisse place à une réalité économique brutale. L’inflation et les pannes continuent de…

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Maduro parti, l'espoir a déjà fondu dans les assiettes vénézuéliennes

Huit mois après la capture du dirigeant, la joie des Vénézuéliens laisse place à une réalité économique brutale. L’inflation et les pannes continuent de rythmer un quotidien toujours marqué par la précarité.

Le départ de Nicolás Maduro, arraché par l’intervention américaine en janvier, a fait souffler un vent de liberté sur le Venezuela. Les rues vibrent d’une énergie retrouvée et les prises de parole politiques ont remplacé le silence imposé par la répression. Mais cette effervescence ne suffit pas à masquer une tout autre réalité. Celle d’un pays dont l’économie reste à genoux, minée par une inflation toujours parmi les plus élevées du monde et des salaires qui ne couvrent même pas le nécessaire.

Marbelis Daliz en sait quelque chose. Dans son atelier de pâtisserie, cette femme de 54 ans prépare ses gâteaux à la hâte, guettant une éventuelle coupure d’électricité qui la laisserait dans le noir. Elle avait cru, comme beaucoup, que l’après-Maduro serait synonyme de renouveau. Mais les prix continuent de flamber et ses créations sucrées rapportent à peine de quoi couvrir leurs coûts. « La réalité nous a écrasés », souffle-t-elle en préparant une pavlova. Les chiffres donnent le vertige. L’inflation annuelle en bolivars avoisine les 575% et celle mesurée en dollars a atteint environ 35% en 2025. Pour nourrir une famille, il faut compter près de 730 dollars par mois, un montant hors de portée pour la grande majorité des Vénézuéliens. Le gouvernement a bien relevé en avril à 240 dollars le revenu minimal des fonctionnaires, mais ce montant repose surtout sur des primes, le salaire de base restant dérisoire.

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Le pays a vu son PIB s’effondrer de 80% en dix ans avant une légère reprise, et ce malgré les plus grandes réserves de pétrole de la planète. Les coupures d’électricité et l’effondrement des services publics complètent un tableau sombre. Zaida Mujica, travailleuse sociale de 61 ans, résume le sentiment général. « Ils ont emmené le dictateur, pas la dictature », regrette-t-elle. La présidente par intérim Delcy Rodríguez, sous forte pression de Washington, a lancé des réformes pour attirer les investisseurs étrangers dans les hydrocarbures et les mines. La production pétrolière a d’ailleurs bondi de près de 30% depuis l’arrestation de Maduro. Mais pour José Manuel Puente, universitaire, ce n’est pas suffisant. « Tant que le pays a l’inflation la plus élevée du monde, il n’y aura pas de bien-être », analyse-t-il.

Malgré tout, les esprits se sont libérés. Javier Chacon, couturier de 44 ans, qui avait célébré la nouvelle en secret avec sa femme, n’ose à peine y croire. « Au Venezuela, nous ne faisons que survivre », glisse-t-il depuis un marché populaire de Caracas. Les séismes de juin, qui ont fait plus de 6.500 morts et laissé plus de 25.000 personnes sans logement, ont encore fragilisé les plus vulnérables. Carmen Ramirez, commerçante de 40 ans, a vu son appartement endommagé. Elle refuse pourtant de baisser les bras. « Il faut sortir et continuer à se battre », lance-t-elle en rangeant sa marchandise.

Sur le plan politique, le changement est tangible. La peur s’est dissipée, les manifestants sont de retour dans les rues et un dialogue sous l’égide de Washington a été engagé avec l’opposition. Marbelis Daliz peut désormais écrire sur Instagram son soulagement d’avoir vu partir Maduro, un message impensable quelques mois plus tôt. Mais pour certains, l’ombre du passé plane toujours. Jerry Ostos, ancien prisonnier politique de 56 ans libéré en mars, doit encore se présenter chaque mois devant le tribunal, toujours accusé d’avoir voulu tuer le président. Il rappelle que près de 400 personnes sont toujours détenues pour leurs opinions, quand le gouvernement affirme avoir libéré plus d’un millier de prisonniers politiques depuis janvier. « Le monstre est encore vivant », prévient-il.

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