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L’onde de choc des violences sexuelles ébranle tout l’entourage des victimes

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Traumatisantes pour celles qui les subissent, les violences sexuelles provoquent aussi une onde de choc dévastatrice au sein de leur famille et de leur cercle proche, un phénomène encore trop négligé.

Lorsque Caroline apprend que sa fille Julia, âgée de quatre ans à l’époque, a été victime de viols répétés de la part de son baby-sitter, son existence s’effondre. Six ans plus tard, elle se souvient avec effroi des colères démesurées de son enfant, qu’elle ne reconnaissait plus. La révélation de ces abus a déclenché une onde de choc qui a ébranlé toute la cellule familiale. Chacun se sent accablé par la culpabilité de n’avoir rien vu, d’avoir laissé pénétrer l’horreur dans le foyer. Caroline consulte un psychiatre, son mari également, et leur fils va devoir suivre le même chemin. La famille a dû déménager, et Caroline a changé d’emploi. Elle mesure sa chance d’avoir été entourée et soutenue, et d’avoir disposé des ressources financières nécessaires pour assumer les soins thérapeutiques et cette réorganisation professionnelle. Elle s’interroge sur le sort des personnes isolées, confrontées seules à une telle épreuve.

Longtemps relégué au second plan, l’impact des violences sexuelles sur l’entourage des victimes est désormais mis en lumière par les témoignages de parents désemparés, notamment après les révélations de cas de violences dans les structures périscolaires. Une enquête récente a donné la parole à des parents anéantis après des accusations de viols et d’agressions sexuelles sur des dizaines de jeunes garçons. Cette déflagration traverse également deux ouvrages parus récemment, l’un d’une victime de viols dans l’enfance, l’autre sur l’inceste paternel.

La psychiatre Muriel Salmona, spécialiste du psychotrauma, souligne l’ampleur de l’impact traumatique des violences sexuelles, comparable à un jeu de domino qui se renverse. Dans le cadre périscolaire, les parents des victimes se retrouvent dans un état catastrophique, marqué par l’insomnie, l’incapacité à travailler et un stress permanent, déchirés par l’incompréhension face à la survenue de ces actes dans un lieu censé protéger leurs enfants. La fratrie n’est pas épargnée non plus. Une mère raconte comment l’un de ses fils a profondément souffert de l’inaction des professionnels face à l’agression sexuelle subie par sa sœur.

Pour Homayra Sellier, présidente d’Innocence en danger, la culpabilité est un sentiment très fréquent chez les proches, qui s’en veulent de ne pas avoir vu, su ou agi. Elle se remémore le cas d’un couple dont les trois enfants ont été abusés par un membre de la famille, et qui s’est complètement effondré lors d’un stage de résilience. Les acteurs de terrain déplorent que les parents soient, pour la plupart, livrés à eux-mêmes, en dehors de quelques groupes de parole. Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste, dénonce l’absence de dispositif étatique, qu’elle attribue au déni persistant autour des violences sexuelles faites aux enfants. Elle appelle à la création d’un statut spécifique pour la personne accompagnant l’enfant victime dans la prise en charge de son psychotrauma. Homayra Sellier insiste sur la nécessité pour l’État de se réveiller et de débloquer des moyens pour proposer des thérapies et accélérer les procédures judiciaires, car dans l’attente, la victime et sa famille restent en souffrance. Muriel Salmona avertit qu’en omettant de soutenir les familles, de les informer et de leur fournir les outils nécessaires, l’État compromet les chances de reconstruction des victimes.

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