Société
Sous 40 degrés, des livreurs de Bordeaux n’ont pas le choix de s’arrêter
La canicule écrase Bordeaux mais les livreurs à vélo continuent de rouler. Aboubacar, 26 ans, résume leur quotidien : souffrir ou ne pas être payé.

La canicule écrase Bordeaux mais les livreurs à vélo continuent de rouler. Aboubacar, 26 ans, résume leur quotidien : souffrir ou ne pas être payé.
Devant un fast-food du centre, Aboubacar attend une commande. Son téléphone vibre. Uber Eats lui propose de traverser la ville sur 9 kilomètres pour 7 euros et 38 centimes. Il regarde le bitume qui tremble sous la chaleur. Il refuse. La demi-heure pour revenir dans le centre n’est pas payée. « C’est trop loin sous cette chaleur pour ce prix-là », lâche-t-il. Quand il ne roule pas, il rejoint la Maison des livreurs, un espace associatif avec un ventilateur et un atelier vélo. Un endroit où souffler un peu, avant de repartir.
Entre 8 000 et 10 000 livreurs sont inscrits dans l’agglomération bordelaise, environ 130 000 en France. Selon une enquête de Médecins du Monde, 98% d’entre eux sont nés à l’étranger et 64% ne possèdent pas de titre de séjour. Dans ce local associatif, Jonathan L’Utile Chevallier, le coordinateur, voit des corps qui craquent. « Des livreurs vomissent, d’autres sont au bord du malaise avec des maux de tête qui ne passent pas. » 75% des travailleurs suivis n’ont pas de logement stable. Impossible de dormir correctement quand la nuit reste étouffante. Et pas question de s’arrêter : auto-entrepreneurs, ils n’ont droit ni aux accidents du travail ni aux arrêts maladie. « Ils continuent à bout de forces », dénonce le responsable, en pointant l’argent que les plateformes engrangent.
Mi-juillet, le ministre du Travail a demandé aux plateformes de protéger leurs livreurs. Uber Eats et Deliveroo ont répondu en suspendant les livraisons entre 14h et 18h dans les départements en vigilance rouge. Mais en ce moment, aucun département n’est en rouge. Seulement une soixantaine en orange, où les températures restent suffocantes. Deliveroo assure que les livreurs sont « totalement libres » de se connecter et affirme réduire les périmètres de livraison par forte chaleur. Les deux plateformes vantent aussi une charte signée avec des restaurants pour donner accès à des sanitaires ou de l’ombre. Mais à Bordeaux, la plupart des livreurs interrogés disent que très peu d’établissements l’appliquent. Et quand Uber Eats et Deliveroo envoient des bulletins météo pour prévenir des dangers, les livreurs rigolent jaune. « On le sent bien qu’il fait chaud », ironise l’un d’eux.
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