Faits Divers
Manifestation à Sainte-Soline la Défenseure des droits dénonce des tirs interdits et des propos qui tuent
Des gendarmes ont visé des manifestants avec des tirs tendus pourtant prohibés, et certains s’en sont vantés en tenant des propos odieux. Le rapport de…


Des gendarmes ont visé des manifestants avec des tirs tendus pourtant prohibés, et certains s’en sont vantés en tenant des propos odieux. Le rapport de Claire Hédon, rendu public mercredi, accuse les forces de l’ordre d’avoir adopté une logique de confrontation qui a fait des dizaines de blessés graves.
Le 25 mars 2023, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, pour protester contre un projet de mégabassine. La manifestation avait été interdite, mais la foule est venue malgré tout. Très vite, les affrontements ont dégénéré. Côté manifestants, on compte 200 blessés dont 40 très graves. Côté gendarmes, 47 ont été touchés. Des pierres, des cocktails Molotov, mais surtout des tirs de grenades. 5 000 tirs, précisément. La Défenseure des droits, autorité indépendante, a enquêté pendant des mois. Et ses conclusions sont cinglantes.
En analysant 84 heures de vidéos issues des caméras piétons des gendarmes, l’enquête a mis au jour des pratiques interdites. Des tirs dits « tendus » de grenades lacrymogènes et de lanceurs de balles de défense (LBD) ont été utilisés en nombre. Une technique qui vise directement les personnes, au lieu de ricocher au sol, et qui provoque des blessures beaucoup plus lourdes. La Défenseure estime que la quantité d’armes employée en très peu de temps révèle une volonté délibérée d’affrontement. Elle saisit désormais le ministère de l’Intérieur pour demander des sanctions disciplinaires contre plusieurs gradés identifiés.
Le plus glaçant reste sans doute le langage des forces de l’ordre. Dans les échanges entendus, des gendarmes se félicitent d’avoir blessé des manifestants. L’un d’eux parle d’un « vrai kif » à les viser. D’autres, pendant une pause sandwich, lancent des appels à mutiler ou tuer. « Là, ce serait bien de faire une nasse et de vraiment les massacrer », ou encore « on prend le Famas et bam ». Des propos qualifiés d’orduriers et déshumanisants par la Défenseure, qui souligne que certains militaires les ont justifiés par le stress et la peur. Mais elle ne les excuse pas. Le ministère de l’Intérieur, de son côté, rappelle que des enquêtes judiciaires sont en cours et que 33 gendarmes ont déjà reçu des sanctions disciplinaires, allant jusqu’à des jours d’arrêt. L’avocate de plusieurs blessés graves, Me Chloé Chalot, salue un rapport qui critique franchement le comportement des forces de l’ordre sur place.
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