Société
Sécheresse en Creuse, l’herbe blanche et les réserves d’hiver déjà entamées
Les prés ne produisent plus rien depuis un mois. Dans la Creuse, des éleveurs sont déjà obligés de puiser dans le foin destiné à l’hiver, une situation…


Les prés ne produisent plus rien depuis un mois. Dans la Creuse, des éleveurs sont déjà obligés de puiser dans le foin destiné à l’hiver, une situation qui n’a jamais été vue.
Pascal Mareix n’a jamais connu ça en 35 ans de métier. Installé avec sa femme Agnès à Mazeirat, près de Guéret, cet éleveur de 90 bovins a déjà dépensé 10 000 euros pour compenser le manque d’herbe. Sous son hangar, 930 balles de foin pour tout l’année, et il sait que ça ne suffira pas. Il va devoir en acheter. La faute à une météo devenue folle. En novembre et décembre, les champs étaient noyés. Puis plus rien. L’herbe n’est même plus jaune, elle est blanche, grillée par la fournaise des dernières semaines. Pascal a fini les récoltes un mois plus tôt que d’habitude. Pour travailler, il a dû revoir son planning, éviter les après-midi trop chauds. « Vraiment aimer ou être un peu fou », lâche-t-il, pour continuer.
Le manque d’eau ne se limite pas aux prairies. Les ruisseaux sont à sec. Le troupeau de Pascal a besoin de 15 000 à 18 000 litres par jour pour boire. Il pompe dans la rivière Creuse et transporte l’eau dans des baquets. Dans toute la région, la situation est critique. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a prévenu mardi que les nappes phréatiques sont au plus bas. David Ratheau, hydrogéologue, explique que le sous-sol limousin est composé de petites nappes qui se vident très vite quand il ne pleut pas. Selon lui, c’est pire qu’en 2022. Les canicules répétées augmentent les besoins en eau, ce qui accélère encore la vidange. Sur la carte du site VigiEau, le Limousin et certains secteurs du Grand-Est sont les plus exposés.
Ce n’est pas un cas isolé. Alexis Desarménien, conseiller à la chambre d’agriculture de la Creuse, confirme que partout, « plus rien ne pousse dans les prés ». Les agriculteurs tapent déjà dans les stocks de foin prévus pour l’hiver, alors que la récolte a été bien décevante avec 30 à 50 % de rendement en moins. Les « trous d’été », il les connaît, mais leur précocité est inédite. Pour l’instant, aucune pluie ni baisse des températures n’est annoncée. La chambre conseille de ménager les prairies grillées, voire de mettre les bêtes sur des « parcelles parking » en attendant la pluie. Pascal Mareix, lui, regarde l’avenir avec inquiétude. Quand il s’est installé il y a trente ans, la sécheresse n’était qu’un phénomène rare. « Depuis une dizaine d’années, ça va très vite, prévient-il. Il va falloir s’adapter, sinon on ne pourra plus rien produire. »
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