Société
Elles accompagnent la mort comme on accompagne la vie
Les thanadoulas, ces « doulas de la fin de vie », se multiplient en France. Leur mission : soutenir les mourants et leurs proches, là où le système…


Les thanadoulas, ces « doulas de la fin de vie », se multiplient en France. Leur mission : soutenir les mourants et leurs proches, là où le système médical et social laisse parfois un vide. Mais en l’absence de cadre officiel, cette pratique émergeante soulève des questions.
Agathe Bruniquel a 44 ans et vient de se lancer comme thanadoula dans l’Aveyron. Pour elle, la mort mérite autant d’attention que la naissance. « On sait tout préparer pour l’arrivée d’un bébé, mais pour la mort, c’est encore tabou », observe-t-elle. Alors elle comble ce vide, en offrant une écoute sur mesure à des personnes atteintes d’une maladie mortelle. Elle peut passer des mois à leurs côtés, recueillir leur histoire, répondre à leurs angoisses, ou même les aider à écrire des lettres pour les anniversaires à venir. « Pour une mère qui craint de laisser ses enfants, on crée des cadeaux pour un futur mariage ou une naissance », raconte-t-elle.
Ce métier, encore méconnu en France, compte aujourd’hui environ 350 praticiennes, surtout des femmes, souvent implantées en zone rurale. Marie-Christine Laville, Franco-Suisse, a contribué à importer la pratique dans l’Hexagone et a fondé l’Institut deuils-doulas de fin de vie. Elle observe un véritable engouement ces dernières années, notamment chez les soignants en quête de sens. Les thanadoulas ne font pas de soin médical. Elles interviennent dans « les interstices » : accompagner à un rendez-vous, tenir la main aux derniers instants, apaiser des conflits familiaux, ou parfois aider pour les obsèques. Leurs séances sont facturées entre 60 et 80 euros de l’heure, jusqu’à 200 euros pour une nuit de présence au moment du décès.
Mais cette liberté fait aussi naître des inquiétudes. Des professionnels de la fin de vie et des pompes funèbres redoutent des dérives, faute de réglementation. La Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a déjà reçu des signalements et considère l’activité comme un risque émergent. Certains thanadoulas exercent aussi des « médecines alternatives », ce qui attise les méfiances. Marie-Christine Laville comprend ces craintes et assure que son institut refuse les médiums ou autres profils douteux. Elle espère désormais une reconnaissance officielle de l’État pour encadrer ce métier encore flou, mais qui répond selon elle à un besoin réel.
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