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L’Europe renoue avec Damas pour préparer l’après-conflit

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L’Union européenne a officialisé lundi la reprise de son accord de coopération commerciale avec la Syrie, une décision destinée à soutenir la reconstruction du pays tout en posant les bases d’un éventuel retour des réfugiés syriens installés sur le continent.

Bruxelles entend ainsi envoyer un signal fort quant à sa volonté de renouer le dialogue avec les autorités syriennes et d’accompagner le redressement économique d’un territoire meurtri par plus d’une décennie de guerre. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept doivent rencontrer dans l’après-midi leur homologue syrien Assaad al-Chaibani pour amorcer des discussions politiques de haut niveau, un an et demi après la chute de Bachar al-Assad.

En arrivant dans la capitale belge, le chef de la diplomatie syrienne a exhorté les Européens à faire preuve d’audace. Il a estimé que seule une volonté politique affirmée permettrait de passer d’une attitude prudente à un engagement total dans la reconstruction de son pays. La situation humanitaire demeure catastrophique, avec près de treize millions de Syriens ayant besoin d’une aide alimentaire, soit environ la moitié de la population. En janvier, l’UE avait déjà promis une enveloppe de 620 millions d’euros pour la période 2026-2027.

La commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Suica, a assuré que l’Europe ferait tout son possible pour aider à la reconstruction. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’était déjà rendue à Damas en début d’année pour rencontrer le dirigeant syrien Ahmad al-Chareh et réaffirmer cet engagement.

Les échanges commerciaux entre la Syrie et l’UE, suspendus en 2011 en raison de la répression et des violations des droits humains sous l’ancien régime, avaient atteint sept milliards d’euros avant cette rupture. En 2023, les importations européennes en provenance de Syrie se limitaient à 103 millions d’euros, tandis que les exportations atteignaient 265 millions d’euros. Bruxelles envisage désormais d’aller plus loin en négociant un accord d’association, similaire à ceux conclus avec l’Égypte, Israël ou le Liban.

Mais cette ambition est conditionnée à la mise en œuvre de réformes essentielles durant la période de transition. Mme Suica a insisté sur trois exigences : une participation inclusive de tous les Syriens aux décisions sur l’avenir du pays, une gestion transparente des finances publiques, et un engagement ferme en faveur de l’État de droit et de la justice.

Le retour à la stabilité en Syrie intéresse particulièrement certains États membres de l’UE qui accueillent des centaines de milliers de réfugiés syriens. L’Allemagne en compte environ un million, et le chancelier Friedrich Merz, confronté à la montée de l’extrême droite, prône un durcissement de la politique migratoire. Lors d’une rencontre à Berlin avec le président syrien, il avait évoqué le souhait que 80 % de ces réfugiés rentrent dans leur pays d’ici trois ans, avant de préciser qu’il s’agissait en réalité du vœu exprimé par M. Chareh lui-même. Le Danemark affiche également une volonté claire d’encourager ces retours.

Reste à savoir si les conditions sur place le permettent. La commissaire européenne a souligné que ces retours devaient être sûrs, volontaires et dignes, sans se prononcer sur la situation actuelle en Syrie. Le ministre syrien des Affaires étrangères a prudemment déclaré que les Syriens étaient libres de rentrer s’ils estimaient que les conditions étaient réunies.

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