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Culture

La Biennale de Venise sous tension des conflits mondiaux

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La 61e édition de la plus prestigieuse exposition d’art contemporain s’ouvre sur fond de vives controverses diplomatiques, alors que pavillons russe, ukrainien, israélien et palestinien coexistent dans un climat géopolitique explosif.

Dans les allées des Giardini, le pavillon russe se dresse à quelques pas d’une sculpture de cerf rescapée du front ukrainien. Cette proximité symbolise le paradoxe qui agite la Biennale depuis l’annonce du retour de Moscou, absent depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. La ministre ukrainienne de la Culture a comparé cette présence à une invitation faite à un criminel dans un cercle d’amis, rappelant que plus de trois cents artistes ukrainiens ont péri depuis le début du conflit. Selon elle, la guerre vise également la culture, Moscou s’attaquant aux bibliothèques, aux musées et aux livres.

Plusieurs nations impliquées dans des conflits armés sont représentées à Venise. Les États-Unis et Israël, qui ont frappé l’Iran en février, côtoient des délégations venues de zones de tension. Téhéran, initialement annoncé, a finalement renoncé à participer. Le jury de la manifestation a démissionné fin avril après avoir annoncé son intention d’exclure du palmarès les pays dont les dirigeants sont poursuivis pour crimes contre l’humanité, visant explicitement la Russie et Israël.

L’État hébreu dispose d’un pavillon à l’Arsenal, non loin de celui de l’Ukraine. Les Palestiniens, dont l’État n’est pas reconnu par l’Italie, sont présents à travers une exposition consacrée à Gaza au Palazzo Mora. Le commissaire de cette installation a déclaré qu’il était impossible de décrire l’horreur infligée aux Palestiniens et a exprimé son refus de partager un espace avec ceux qu’il tient pour responsables. La présence policière renforcée autour des pavillons russe, israélien et américain témoigne des risques de débordements.

Une manifestation propalestinienne a rassemblé environ deux mille personnes à Venise pour protester contre la présence israélienne. Le président de la Biennale a justifié la coexistence des nations en conflit en affirmant que l’histoire frappe à la porte de tous et que cet événement est précisément le lieu où le monde se rencontre, surtout lorsqu’il est déchiré. Il a estimé que sélectionner les participants en fonction de leurs appartenances trahirait la vocation de la manifestation.

L’artiste représentant Israël a défendu l’idée que l’art ne doit pas être réduit à une arène politique. Son installation principale, un bassin d’eau alimenté goutte à goutte, incarne selon lui la capacité de rassemblement de la création. Le Premier ministre italien, en visite, a partagé cet avis en déclarant que les artistes ne sont pas les porte-parole des conflits en cours.

Au Palazzo Mora, une centaine de pièces de broderie tissées à la main dans des camps de réfugiés reproduisent des images de ce qui s’est passé à Gaza ces deux dernières années. Pour apaiser les tensions, trois soirées consacrées à la réflexion sur la paix ont été organisées durant la semaine de pré-ouverture, avec la participation d’un réalisateur russe et d’une écrivaine palestinienne.

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