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_**_Sa-Nur renaît en Cisjordanie, vingt ans après son démantèlement**_

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Dans le nord de la Cisjordanie occupée, une poignée de colons israéliens a réinvesti une ancienne implantation abandonnée en 2005, un geste lourd de symboles pour les opposants à la colonisation comme pour ses partisans.

Assis dans son préfabriqué, Meir Goldmintz contemple la vue sur les collines environnantes. Pour cet enseignant, le retour à Sa-Nur, minuscule colonie surplombant des villages palestiniens, représente l’aboutissement d’un rêve vieux de deux décennies. Ce lieu, démantelé lors du retrait israélien de Gaza en 2005, a été rouvert à l’initiative des autorités, une décision que les détracteurs de la colonisation jugent comme un recul majeur pour la perspective d’un État palestinien. Pour les résidents, il s’agit au contraire d’une rectification historique.

Lors de la cérémonie de réinstallation en avril, le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich avait salué ce retour comme un acte fondateur. Meir Goldmintz, qui n’avait jamais vécu ici auparavant, a participé aux mobilisations des colons les plus radicaux, convaincus de la nécessité d’un grand Israël sans place pour les Palestiniens. Il partage désormais ce lieu avec des figures influentes du mouvement, comme Yossi Dagan, président du Conseil des colonies du nord de la Cisjordanie.

L’installation en est encore à ses débuts. Des ouvriers s’affairent autour des poteaux électriques, tandis qu’un bulldozer creuse le terrain. Une route goudronnée longe une dizaine de bungalows blancs, devant lesquels traînent vélos d’enfants, linge séchant au soleil et hamac. L’intérieur est spartiate, avec une superficie de 90 mètres carrés, bien moindre que l’ancien logement de Meir Goldmintz dans une autre colonie. Il y vit avec sa femme et sept de ses huit enfants, dans un décor où livres religieux et piano sous bâche plastique voisinent.

De la fenêtre, la vue embrasse des maisons beiges et des champs d’oliviers. Pour Meir Goldmintz, ces villages arabes n’ont pas leur place sur une terre qu’il considère comme exclusivement juive. Les Palestiniens répondent par des graffitis en arabe sur les murs d’un bâtiment abandonné, promettant que la résistance reviendra.

La Cisjordanie, où vivent plus de 500 000 Israéliens au milieu de trois millions de Palestiniens, n’a cessé de voir le nombre de colonies approuvées augmenter ces dernières années. Selon l’ONG Peace Now, seules trois avaient été validées entre 2013 et 2022, contre 54 en 2025 et déjà 34 en 2026. Bezalel Smotrich avait résumé la situation en affirmant que ce retour enterrait l’idée d’un État palestinien.

Meir Goldmintz assure que les relations avec les habitants des environs sont paisibles, citant l’aide de jeunes Palestiniens lors d’un embouteillage. Mais une vidéo filmée peu après la visite de l’AFP raconte une tout autre histoire. Dans le cimetière du village d’al-Asaasa, en contrebas de la colonie, des hommes portent un corps vers la sortie, tandis que des colons armés et des soldats israéliens observent la scène. Le défunt est un vieil homme décédé ce jour-là. Son fils, Mohammad Asaasa, raconte que les colons ont provoqué les villageois pendant l’enterrement, puis sont revenus creuser la tombe pour tenter de déterrer le corps. L’armée israélienne a condamné ces actes, affirmant avoir confisqué les outils des colons et rappelé l’importance de la dignité des vivants et des morts. Mohammad Asaasa a finalement réenterré son père ailleurs.

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