Nous rejoindre sur les réseaux

Société

L’érosion du lien démocratique au cœur des réquisitions dans l’affaire libyenne

Article

le

Le parquet général a ouvert lundi ses réquisitions dans le procès en appel de l’affaire libyenne, dénonçant une affaire politico-financière qui a gravement entamé la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Devant la cour d’appel de Paris, où Nicolas Sarkozy et neuf autres prévenus comparaissent depuis la mi-mars, l’accusation a livré une introduction au ton grave. L’un des avocats généraux, Rodolphe Juy-Birmann, a évoqué un « goût amer » persistant, estimant que cette affaire, en ébranlant le principe même d’élections libres, avait contribué à fissurer le pacte social. « Elle a installé chez nos concitoyens un sentiment de malaise, entre amertume et résignation », a-t-il déclaré.

L’ancien chef de l’État est poursuivi pour avoir conclu un pacte de corruption avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, afin d’obtenir des fonds occultes pour sa campagne présidentielle de 2007. Ses proches collaborateurs Brice Hortefeux et Claude Guéant sont également concernés. Nicolas Sarkozy, figure majeure de la droite, nie fermement ces accusations, répétant qu’aucune trace d’argent libyen n’a été retrouvée dans ses comptes de campagne.

Le magistrat a interrogé la cour sur ce que cette affaire révèle de la fragilité des institutions françaises, dénonçant des « accointances malsaines » au plus haut niveau de l’État. L’ancien président, visiblement tendu, a évité le regard des trois représentants du ministère public. Les réquisitions finales, qui préciseront les peines demandées, sont attendues mercredi en fin de journée.

Lors du premier procès, l’accusation avait requis une peine de sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Nicolas Sarkozy avait finalement été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme pour association de malfaiteurs, avec mandat de dépôt, ce qui l’avait conduit à passer vingt jours en détention avant d’être libéré sous contrôle judiciaire. Ce second procès est crucial pour lui, car il joue à la fois sa liberté et son honneur.

L’attitude de l’accusation lors de ce nouveau round judiciaire est observée avec attention. Moins incisive durant les débats qu’au premier procès, elle pourrait infléchir sa position. Rodolphe Juy-Birmann a rappelé que soutenir l’accusation n’empêche pas de requérir à charge comme à décharge, d’autant que Nicolas Sarkozy avait été relaxé de trois des quatre chefs d’accusation en première instance.

Parmi les éléments avancés par l’accusation figure la demande d’examen de la situation pénale du dignitaire libyen Abdallah Senoussi, sollicitée par la France après sa condamnation pour l’attentat du DC-10 d’UTA, qui avait fait 170 morts en 1989. La défense des prévenus, qui avait présenté un front uni au premier procès, s’est fragilisée en appel. Nicolas Sarkozy a mis en cause la probité de Claude Guéant, absent du procès pour raisons de santé. Ce dernier, âgé de 81 ans et condamné en première instance à six ans de prison, a riposté en adressant deux courriers à la cour, contredisant l’ancien président. Il relate notamment une scène lors d’un dîner à Tripoli en juillet 2007, où Nicolas Sarkozy lui aurait demandé d’intervenir pour Abdallah Senoussi. Une révélation qui complique la défense de l’ancien chef de l’État, même si Claude Guéant a assuré qu’aucune mesure concrète n’avait été prise pour gracier le dignitaire libyen.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus