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Sous les Alpes suisses, des chercheurs déclenchent des milliers de micro-séismes pour mieux les comprendre

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Dans un laboratoire souterrain unique, des scientifiques suisses ont provoqué des milliers de secousses sismiques de faible ampleur afin d’affiner les connaissances sur les mécanismes des tremblements de terre et d’en réduire les risques.

Au cœur du massif du Saint-Gothard, à 1 500 mètres sous la surface, le BedrettoLab offre aux chercheurs un cadre exceptionnel pour étudier la sismicité. Creusé dans un tunnel de ventilation de 5,2 kilomètres menant à la voie ferrée de la Furka, ce centre de recherche abrite une expérience inédite. Des équipes européennes y ont injecté 750 mètres cubes d’eau dans des forages pratiqués dans la roche, dans le but de générer un séisme de magnitude 1. L’eau agit comme un lubrifiant, facilitant le glissement des failles existantes sans en créer de nouvelles.

L’expérience, baptisée « Fault Activation and Earthquake Rupture », a été menée fin avril sur quatre jours. Les opérations, entièrement pilotées à distance depuis Zurich, ont abouti à la production d’environ 8 000 événements sismiques. Bien que leur magnitude soit restée comprise entre -5 et -0,14, bien en deçà de l’objectif initial, les scientifiques saluent une avancée significative. « Nous n’avons jamais travaillé à une telle échelle ni à une telle profondeur », a souligné le professeur Domenico Giardini, géologue à l’École polytechnique fédérale de Zurich. Une nouvelle tentative est prévue en juin pour tenter d’atteindre la magnitude 1.

Ces recherches permettent d’observer de près le comportement des failles et d’affiner les méthodes d’injection. Comprendre comment provoquer des séismes de faible ampleur offre aussi la clé pour éviter d’en générer de plus dangereux. Cette connaissance est cruciale pour les activités souterraines comme l’excavation ou la géothermie, où l’injection d’eau peut accidentellement déclencher des secousses destructrices. Le professeur Giardini rappelle le séisme de magnitude 5,4 survenu à Pohang, en Corée du Sud, en 2017, provoqué par l’exploitation d’une centrale géothermique. « Nous devons apprendre à aller sous terre de manière plus sûre », insiste-t-il.

En surface, aucune secousse n’a été ressentie. Les chercheurs estiment que leur intervention n’ajoute qu’environ 1 % au risque naturel. L’objectif est désormais de mieux maîtriser ces phénomènes pour limiter les dangers liés aux activités humaines en profondeur.

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