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Le Quartier libre des Lentillères, un îlot de résistance en péril à Dijon
En plein cœur de la capitale bourguignonne, une communauté autogérée défend depuis plus de dix ans un mode de vie alternatif, sous la menace d’une expulsion imminente.
Au détour d’une rue pavée du centre-ville dijonnais, une enclave végétale échappe aux codes urbains. Derrière une épaisse frondaison, des cabanes de fortune, des potagers collectifs et des habitats recyclés composent le paysage du Quartier libre des Lentillères. Occupé depuis 2010 par des militants opposés à un projet immobilier, ce lieu singulier incarne une expérience rare d’autonomie et de solidarité.
Près d’une centaine de personnes, selon les estimations des occupants, y ont élu domicile. Certains par nécessité, d’autres par conviction. Tristan, l’un des résidents, raconte s’y être installé pour échapper à la précarité tout en s’engageant contre ce qu’il qualifie de « projet destructeur ». Initialement conçu pour bloquer la construction de 1 400 logements, le site s’est progressivement doté d’infrastructures autonomes – four à pain, toilettes sèches, cantine solidaire – tout en cultivant une production maraîchère.
Si les occupants refusent l’étiquette de « zone à défendre », préférant celle de « quartier autogéré », les autorités, elles, y voient un foyer de contestation. Le ministère de l’Intérieur a classé les Lentillères comme la seule ZAD urbaine du territoire, susceptible selon lui de générer des tensions. La mairie, de son côté, avance l’argument du besoin criant en logements sociaux. Après l’abandon partiel du projet initial en 2019, l’édile Nathalie Koenders propose aujourd’hui un compromis : 60 habitations sur une portion du terrain, contre une régularisation des occupants sous forme associative.
Un ultimatum a été fixé à octobre. Faute d’accord, l’expulsion pourrait être déclenchée. Les résidents, eux, temporisent, invoquant la nécessité de consultations internes. Leur cause trouve un écho auprès d’une centaine de jardiniers riverains, attachés à ces terres cultivées depuis des décennies. Roland Garrot, septuagénaire, témoigne d’une coexistence pacifique avec la communauté. « Je n’ai jamais eu de problème avec eux », assure-t-il, tout en redoutant l’arrivée des pelleteuses.
Entre utopie pragmatique et pression foncière, l’avenir des Lentillères se joue désormais à la lisière du droit et de l’expérimentation sociale.
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DijonB
19 août 2025 at 13 h 01 min
Vive le quartier des Lentillères libre !