Planète
Sous les cendres de Navotas : les Philippins étouffés par un feu de décharge

Depuis trois semaines, un incendie souterrain dans une immense décharge de la banlieue de Manille asphyxie les riverains, contraints à l’exil ou à la survie sous un nuage toxique.
Dave Delos Reyes distribue des masques FFP2 aux passagers des ferries qui traversent la baie de Manille. Une protection devenue indispensable face à la fumée grise qui s’échappe de la décharge de Navotas, en flammes depuis plusieurs semaines. Le feu couve sous terre, jusqu’à quinze mètres de profondeur, et libère un mélange dangereux de méthane et de dioxyde de carbone. « L’odeur est parfois si forte qu’elle traverse le masque », confie-t-il, la gorge et la tête douloureuses.
Les autorités ont évacué environ cinq cents personnes vivant sur les îles proches du site. Elles ont été installées dans un centre d’accueil à Obando, à deux kilomètres et demi de l’incendie. Au plus fort de la crise, plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Manille ont enregistré un niveau de pollution qualifié de « gravement malsain » par l’organisme local de surveillance. Les pompiers, qui se relaient jour et nuit, ont recouvert de tonnes de terre une partie du brasier, permettant un retour à la normale des indicateurs, selon Ernest Macalalad, de l’Agence spatiale philippine.
Pourtant, jeudi encore, des volutes épaisses de fumée grise enveloppaient les maisons de Salambao, l’une des îles évacuées. À Obando, la vie reste perturbée. Monica Verses, 62 ans, tient une petite épicerie. « La fumée va et vient. On la sent pendant vingt minutes, puis elle disparaît. Mais à chaque fois qu’elle arrive jusqu’à mon magasin, ma poitrine se serre et je tousse énormément », raconte-t-elle. L’agence américaine de réponse aux catastrophes naturelles a établi un lien entre les émissions toxiques des incendies de décharges et des pathologies comme le cancer, les lésions hépatiques ou les troubles de la reproduction.
Le commissaire Anthony Arroyo, porte-parole des pompiers de Manille, explique que cet incendie est particulier. « Ce n’est pas un feu classique, qui brûle en surface. Il y a des couches d’ordures, et en dessous, du méthane. » Ces feux souterrains se déclenchent souvent spontanément, lorsque l’oxygène s’infiltre et alimente la chaleur produite par la décomposition des déchets organiques. Environ la moitié de la zone touchée a été recouverte de terre, mais les interventions sur le reste sont compliquées par les pentes abruptes de cette montagne de détritus, qui bloquent l’accès aux engins lourds.
Dans le centre d’accueil d’Obando, Ramon Adino, 68 ans, partage une salle de classe avec douze autres familles. « Je vais un peu mieux, mais j’ai toujours du mal à respirer normalement. C’est comme si j’étais constamment à bout de souffle », confie-t-il, espérant que l’incendie sera bientôt maîtrisé. Marissa Gusi, 62 ans, vendeuse ambulante, a choisi de rester dans le camp malgré des conditions difficiles. « Je préfère rester ici indéfiniment plutôt que de perdre la vie à cause de cette fumée », affirme-t-elle.

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