Planète
Des canards sauvages bloquent le périphérique de Varsovie


Chaque printemps, des bénévoles interrompent la circulation sur un grand axe routier de la capitale polonaise pour permettre à des nichées de harles bièvre de rejoindre la Vistule en toute sécurité.
Aux premières chaleurs printanières, les becs de canards sauvages émergent des fourrés qui bordent une large artère du centre de Varsovie. Des volontaires, à l’affût, stoppent alors la dense circulation pour laisser passer la couvée d’oiseaux, avec l’aval des forces de l’ordre. Chaque année, à la belle saison, des dizaines de harles bièvre âgés de quelques jours seulement empruntent ce parcours périlleux depuis un vaste parc où ils voient le jour jusqu’à la Vistule, le fleuve qui traverse la métropole polonaise. Les canetons, à la démarche chaloupée, sont conduits par leurs mères au plumage argenté, aisément identifiables à leur huppe brune.
Barbara Rozalska, du service des parcs municipaux, qualifie ces oiseaux d’ambassadeurs de la faune varsovienne ou de célébrités locales. Le grand boulevard à six voies représente l’une des principales menaces pour ces palmipèdes lors de leur trajet d’un kilomètre jusqu’au cours d’eau. Elle coordonne les bénévoles qui, chaque année en avril et en mai, surveillent le parc et les creux des arbres où les canards pondent leurs œufs, ainsi que les itinéraires potentiels qu’ils pourraient emprunter. Environ trente personnes, formées par l’ornithologue municipal, se relaient pour détecter la moindre apparition des harles. Mme Rozalska compare cette mission à une garde aux urgences, où un appel suffit pour se mobiliser, que ce soit à l’aube ou en après-midi.
Les dangers ne se limitent pas à la circulation automobile. Les mouettes et les corbeaux peuvent s’emparer d’un caneton qui s’est éloigné de sa mère un instant, et des poissons prédateurs sont capables d’entraîner un petit sous l’eau. Cette année, l’une des premières mères harles a mis près de vingt-quatre heures pour guider sa progéniture du parc jusqu’au fleuve, mettant à l’épreuve la patience des bénévoles qui surveillaient chacun de leurs pas. La petite famille a notamment attendu onze heures blottie dans la végétation avant de s’engager sur la chaussée. Daria Grzesiek, trente-huit ans, et son équipe ont vécu une journée éprouvante. Mais une fois les canards repartis vers la Vistule, la fatigue s’est dissipée pour laisser place à la satisfaction de les avoir accompagnés en sécurité tout au long du trajet.
Les bénévoles ont également pour mission de demander aux passants de garder leurs distances et de tenir leurs chiens en laisse. Ils expliquent aux automobilistes pourquoi il est nécessaire d’interrompre la circulation, généralement pour quelques minutes seulement. Au fil des années, l’action des volontaires a gagné en ampleur et les oiseaux ont acquis une notoriété grandissante, rendant les conducteurs plus compréhensifs. Daria Grzesiek se félicite de cette évolution, racontant qu’un jour, un automobiliste qui s’impatientait a été rappelé à l’ordre par d’autres usagers, qui lui ont simplement signifié de se calmer parce que les harles arrivaient.





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