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Le jazz rend hommage à ses géants : une tournée célèbre le centenaire de Miles Davis et John Coltrane

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Sur les scènes de Pologne et bientôt de Paris, des musiciens de renom revisitent l’héritage de deux figures majeures du jazz, nées il y a un siècle, en refusant la simple imitation.

Les notes acérées d’*All Blues* s’élèvent sous la voûte d’une salle de concert polonaise. Ce morceau emblématique de Miles Davis résonne en hommage au trompettiste et au saxophoniste John Coltrane, tous deux nés il y a cent ans. Sur scène, baignée de lumières violettes et turquoise, se produisent le trompettiste américain Terence Blanchard et le saxophoniste Ravi Coltrane, fils de John Coltrane qui a longtemps collaboré avec Miles Davis.

Ce concert à Wroclaw, dans le sud de la Pologne, s’inscrit dans une tournée qui s’achèvera au mythique Grand Rex à Paris. Ensemble, Miles Davis et John Coltrane ont notamment signé en 1959 l’album *Kind of Blue*, souvent considéré par la critique comme le meilleur disque de jazz jamais enregistré.

Avant le concert, Ravi Coltrane évoque l’héritage musical et filial. Il explique que l’hommage ne consiste pas à imiter le style des maîtres, mais à trouver sa propre manière d’aborder leur répertoire. Cette démarche, selon lui, est à la fois difficile et gratifiante. L’influence de son père est constante, et son nom entraîne immanquablement des comparaisons. Mais Coltrane s’efforce depuis longtemps d’honorer sa mémoire en traçant sa propre voie dans le genre. Rendre véritablement hommage, insiste-t-il, c’est plonger dans leur univers pour y trouver sa propre voix.

Terence Blanchard, sans lien de sang avec Miles Davis, reconnaît que tout trompettiste de jazz est influencé par cette légende. Comme Coltrane, il estime que le meilleur hommage consiste à jouer en restant soi-même. Imiter Miles Davis serait la chose la plus simple et la plus difficile à la fois, car une copie exacte ne rendrait pas justice à l’artiste ni au contexte de son époque. Il souligne qu’on ne peut recréer les bouleversements sociaux et politiques des années 1960, une période marquée par la souffrance. Davis et Coltrane n’ont pas détourné le regard de cette réalité, et leur musique en est le reflet.

Ravi Coltrane confie que c’est Terence Blanchard qui a proposé cet hommage commun, une idée qu’il aurait probablement refusée avec un autre musicien. Il se souvient de leurs premières rencontres dans les années 1990 à New York, où il avait lancé sa carrière.

À l’approche du concert parisien, les deux artistes reviennent sur l’influence de la capitale française. Blanchard, originaire de La Nouvelle-Orléans, affirme que Paris a toujours occupé une place particulière dans son cœur. Miles Davis y a séjourné longuement, y a donné des concerts, enregistré la bande originale du film *Ascenseur pour l’échafaud* et y a cherché refuge face aux discriminations raciales aux États-Unis. Sa liaison avec Juliette Gréco dans les années 1950 est entrée dans la légende. Présenter ce spectacle à Paris, compte tenu de cette relation, est pour Blanchard un moment très fort.

Pour Ravi Coltrane, ce concert est l’une des nombreuses célébrations du travail de son père, de sa mère la pianiste Alice Coltrane, et de tous les mentors et musiciens qui ont jalonné sa carrière. Il conclut en affirmant que rendre hommage à ces artistes est une pratique quotidienne. Chaque fois qu’ils prennent leurs instruments, d’une certaine manière, ils honorent ceux qui les ont précédés. Cela ne disparaît jamais.

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