Économie
La croissance française à l’arrêt au premier trimestre, la guerre n’est pas en cause

Le Produit intérieur brut de la France n’a pas progressé au premier trimestre 2026, une contre-performance qui tient à la faiblesse de la demande intérieure et au mauvais résultat du commerce extérieur, sans lien avec le conflit au Moyen-Orient.
L’Institut national de la statistique et des études économiques a dévoilé jeudi sa première estimation pour les trois premiers mois de l’année. Le PIB est resté inchangé, après une hausse de 0,2% au trimestre précédent et une progression annuelle de 0,9% en 2025. Ce résultat déçoit les attentes des économistes et des grandes institutions financières. La Banque de France anticipait encore récemment une croissance pouvant atteindre 0,3%, tandis que l’Insee elle-même avait revu ses prévisions à la baisse fin mars, de 0,3% à 0,2%.
L’écart entre les prévisions et la réalité provient principalement du secteur de la construction, dont l’activité a chuté de 1,5%. Cette baisse inattendue a particulièrement touché les travaux publics. Selon Marie Leclair, responsable du département des Comptes nationaux à l’Insee, ce recul pourrait être lié au calendrier électoral. Les communes ont en effet suspendu leurs chantiers à l’approche des élections municipales organisées en mars.
La demande intérieure, hors variation des stocks, n’a apporté aucune contribution à la croissance. Le commerce extérieur a pesé lourdement, avec un recul marqué des exportations, notamment dans le secteur aéronautique après des livraisons exceptionnelles en fin d’année dernière. Les importations ont également diminué. Seules les reconstitutions de stocks, en particulier dans l’aéronautique, ont évité une contraction du PIB.
Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, estime que les détails de ce rapport ne surprennent pas vraiment. Il souligne la faiblesse persistante de la consommation des ménages en biens. Il qualifie la situation de la construction de véritable point noir. En revanche, la production manufacturière continue de bien se porter, soutenue probablement par les dépenses liées à la défense.
Avec un premier trimestre aussi décevant, l’objectif de croissance du gouvernement pour l’année, fixé à 0,9% après une révision à la baisse de 0,1 point pour tenir compte du conflit, semble difficile à atteindre. Pour y parvenir, il faudrait une croissance d’environ 0,3% à chacun des trois trimestres restants, un scénario peu probable alors que les répercussions économiques de la guerre ne se sont pas encore manifestées.
Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, prévoyait déjà une croissance de 0,7% pour l’année avant la publication des chiffres de l’Insee, et moins encore si le conflit se prolonge. Le début du deuxième trimestre semble déjà affecté. L’Insee indique que le climat des affaires s’est nettement assombri en avril, revenant à son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution de l’Assemblée nationale. La confiance des ménages s’est également fortement dégradée, avec la plus forte baisse depuis mars 2022 et le début de la guerre en Ukraine.
Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, estime que le blocage du détroit d’Ormuz pourrait réduire la croissance de 0,3 point sur l’ensemble de l’année, ramenant la hausse du PIB à 0,6%. Par ailleurs, l’inflation a commencé à augmenter sous l’effet de la hausse des prix du pétrole. Le baril de Brent, qui valait environ 60 dollars fin 2025, dépassait 126 dollars jeudi matin. Les prix à la consommation ont progressé de 2,2% sur un an en avril, contre 1,7% en mars et 0,9% en février avant le début du conflit. Les analystes tablaient sur une hausse limitée à 2%.

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