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Les Sundarbans, forteresse fragile du tigre du Bengale

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Dans l’immense mangrove du Bangladesh, les défenseurs de l’environnement peinent à endiguer le déclin du tigre du Bengale, menacé par le braconnage, l’empiétement humain et les bouleversements climatiques.

Pendant des générations, le tigre du Bengale a régné sans partage sur les Sundarbans, cette vaste étendue de mangroves du sud du Bangladesh. Mais son règne vacille aujourd’hui sous la pression conjuguée des activités humaines et des effets du dérèglement climatique. Abdul Goni Gazi, surnommé « Goni Tiger », a consacré sa vie à favoriser la coexistence entre les félins et les populations locales. À 45 ans, cet homme affirme avoir sauvé 36 tigres des fusils ou des pièges tendus par les humains, et 106 habitants des attaques de l’animal. Malgré la peur, il poursuit son combat, convaincu que la survie des Sundarbans et des milliers de personnes qui en dépendent passe par celle des tigres.

Lors d’un sommet international en 2010, le Bangladesh s’était engagé à doubler la population de ses fauves, alors estimée à 414 individus selon des méthodes empiriques. Mais un recensement photographique plus rigoureux mené cinq ans plus tard a révélé un chiffre bien plus bas, à peine 106 tigres. Depuis, les effectifs ont lentement progressé pour atteindre 125 en 2024, une amélioration jugée trop modeste au regard des millions de dollars investis par le gouvernement. Le dernier plan de protection, couvrant la période 2022-2025, a ainsi coûté 4,2 millions de dollars en trois ans.

Amir Hossain Chowdhury, conservateur en chef des forêts, attribue ces difficultés à l’empreinte grandissante des humains sur l’environnement. La montée des eaux et la salinisation croissante des sols ont dégradé les terres agricoles, poussant les habitants à s’aventurer toujours plus loin dans le territoire des tigres. Si aucun conflit majeur n’a été signalé depuis 2018, selon un garde forestier, les conditions de vie de nombreuses espèces, dont les félins, se sont détériorées.

Le braconnage constitue une autre menace persistante. Malgré une loi punissant de sept ans de prison et d’une lourde amende quiconque tue un tigre ou un éléphant, les braconniers continuent de rôder dans les forêts. En janvier dernier, un tigre du Bengale a encore été retrouvé pris dans un piège. Les peaux, dents et os de l’animal sont très prisés par les adeptes de la médecine traditionnelle chinoise ou par les collectionneurs du monde entier. Selon l’expert Nasir Uddin, plusieurs groupes criminels se partagent ce marché juteux, agissant parfois sur commande, parfois pour se protéger d’éventuelles attaques.

La chasse aux proies des tigres aggrave également la situation. Les cerfs, qui constituent 80 % de leur régime alimentaire, sont abattus en grand nombre. Une étude de 2013 estimait à 11 000 le nombre de cervidés tués chaque année dans la région. « Si un tigre est tué dans les Sundarbans, tout l’équilibre de l’écosystème est menacé », explique le professeur Mohammad Abdul Aziz. « Et si un cerf est tué, c’est toute la chaîne alimentaire qui est perturbée, ce qui peut pousser le tigre à s’approcher des villages et à attaquer. »

Le dérèglement climatique ajoute une couche supplémentaire de difficultés. En accélérant la montée des eaux et en multipliant les épisodes météorologiques violents, il redessine le lit des cours d’eau et perturbe les zones de chasse des félins. Des mares artificielles ont été creusées pour leur permettre de s’abreuver, mais des braconniers y auraient déposé de la nourriture empoisonnée, selon le conservateur Chowdhury.

Malgré ces obstacles, certains experts restent confiants. Le nombre de tigres recensés dans le monde est passé de 3 200 en 2010 à plus de 5 500 en 2023, selon le Fonds mondial pour la nature. « Les efforts de préservation ont empêché la chute du nombre de tigres et permettront peut-être la survie de l’espèce à long terme », estime le docteur Abishek Harihar, de l’ONG Panthera.

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