Monde
Le procès de Tempé reprend dans un climat de défiance et de douleur

_**Après une ouverture chaotique, les audiences sur la collision ferroviaire de 2023 en Grèce reprennent ce mercredi, dans un contexte marqué par l’émotion des familles et les critiques sur la gestion judiciaire du dossier.**_
Les débats doivent se poursuivre à Larissa, où la cour examine les responsabilités dans l’accident survenu le 28 février 2023. Ce jour-là, la collision frontale entre un train de voyageurs et un convoi de marchandises dans la vallée de Tempé avait provoqué la mort de cinquante-sept personnes, principalement de jeunes étudiants, et fait des dizaines de blessés. L’enquête cherche notamment à établir pourquoi les deux trains ont pu circuler sur une même voie pendant plusieurs minutes sans qu’aucun dispositif d’alerte ne soit activé.
La première audience, le 23 mars, avait été suspendue en moins de quatre heures en raison de conditions d’accueil jugées indignes. Une salle trop exiguë, une chaleur étouffante et un manque criant d’organisation avaient contraint la présidente de la cour à interrompre les travaux, évoquant des risques de malaise pour le public. Des proches de victimes s’étaient retrouvés assis sur le banc des accusés, tandis que d’autres, portant des photographies de leurs enfants disparus, devaient rester debout.
Cette désorganisation a suscité une vive émotion parmi les familles et attiré des critiques jusqu’au sommet de l’État. Le premier ministre a lui-même déploré des problèmes de coordination et appelé à des corrections immédiates. Le ministre de la Justice avait pour sa part défendu les dispositions prises, affirmant qu’aucune salle plus vaste n’était disponible en Europe, des propos ayant accentué l’amertume des parties civiles.
Trente-six personnes sont mises en cause dans cette affaire, dont trente-trois font face à des accusations criminelles pouvant mener à des peines d’emprisonnement à perpétuité. Parmi les prévenus figurent des agents de la gare de Larissa en service au moment des faits, ainsi que des cadres de l’organisme public chargé du réseau ferré et deux responsables de l’opérateur ferroviaire Hellenic Train. Tous comparaissent librement.
L’absence de tout responsable politique au banc des accusés nourrit cependant un sentiment d’injustice chez de nombreuses familles et au sein de la société civile. Des voix dénoncent une enquête aux lacunes persistantes, trois ans après les faits. L’accident avait en effet mis en lumière l’état de délabrement avancé du système ferroviaire grec, pourtant doté de fonds européens destinés à sa modernisation, et des alertes répétées des syndicats sur les carences de sécurité.
Le procès, qui pourrait voir défiler plus de trois cent cinquante témoins, s’annonce comme une épreuve judiciaire longue et douloureuse. Il intervient dans un pays où la colère n’est pas retombée, portée par le souvenir des victimes et l’exigence de vérité sur les causes de cette catastrophe.

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