Politique
Orléans retient son souffle avant le grand oral de Marine Le Pen
Des milliers de personnes ont défilé dans les rues d’Orléans pour refuser le congrès du Rassemblement national, à la veille du premier grand meeting de…

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues d’Orléans pour refuser le congrès du Rassemblement national, à la veille du premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen. Le tout sous un dispositif policier hors norme, dans un pays encore marqué par l’attaque meurtrière survenue près de Trappes.
La ville joue sur deux tableaux. D’un côté de la Loire, une marée de manifestants venue de toute la France pour dire non au congrès du parti d’extrême droite. De l’autre, le Zénith, où les militants et cadres du RN se retrouvent pour réélire Jordan Bardella à la présidence, seul candidat à sa succession, avant le premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen dans la préfecture du Loiret. Une cinquantaine de partis politiques, syndicats et associations ont appelé au rassemblement. Les autorités attendent jusqu’à 30 000 personnes, sur un tracé modifié la veille pour tenir le cortège à l’écart du centre-ville.
En tête du défilé, Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, a relié directement la mobilisation au tir qui a tué une personne et fait cinq blessés près de Trappes, visant selon les enquêteurs des personnes issues de l’immigration. Il parle du « énième attentat raciste, xénophobe » et appelle à agir en étant « aujourd’hui nombreux ». Même tonalité chez Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, pour qui le RN « ne sera jamais un parti comme les autres » et reste « un parti dangereux pour notre démocratie », dans « un moment de bascule ». Le maire de Trappes Ali Rabeh, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure et la députée écologiste Clémentine Autain figurent aussi dans le cortège. La foule scande « Macron démission, Le Pen en prison », et les pancartes affichent des slogans comme « Plus chauds que les fachos » ou « la jeunesse emmerde le Rassemblement national ».
Romain Ruiz, avocat de 36 ans, est venu dénoncer « ce congrès et la banalisation de l’extrême droite dans notre pays où la haine raciste et islamophobe a tué ». Il ajoute qu’il est « encore temps de battre le RN » et qu’il faut arrêter d’avoir peur. Autour de lui, des manifestants de toute la France, déterminés à peser face à un parti donné largement en tête des sondages pour la présidentielle.
Côté sécurité, les moyens sont massifs. Tous les effectifs de police locaux sont mobilisés, épaulés par des CRS et des gendarmes mobiles, soit près de 3 000 hommes équipés de deux blindés Centaure, d’engins lanceurs d’eau, d’hélicoptères et de drones. Objectif affiché, contenir les 2 000 à 3 000 « éléments radicaux » susceptibles de se fondre dans la manifestation. Au sommet de l’exécutif, déjà bousculé par les dossiers sécuritaires, on redoute que le congrès fasse office de « pot de miel » pour « tous les dingues » prêts à en découdre, qu’ils viennent de l’ultragauche ou de l’ultradroite. Le maire d’Orléans Serge Grouard a pris les devants avec un couvre-feu pour les moins de 15 ans durant deux nuits, la fermeture de l’office de tourisme, de la médiathèque, des parcs et jardins, l’interdiction des terrasses de restaurants et l’arrêt des tramways, la circulation étant coupée dans le cœur historique. « Je n’ai pas peur », assure l’élu, qui dit avoir « anticipé tout ce que l’on pouvait anticiper ». Le préfet Hugues Moutouh a de son côté interdit toute manifestation dans une large partie de l’agglomération.
Dans l’enceinte du Zénith, l’ambiance se veut plus sereine. 5 000 militants et cadres sont attendus pour réélire leur président et renouveler les instances internes, avec une participation de 68 % des adhérents, plus de deux tiers des 160 000 membres revendiqués par le parti. Un chef pourtant fragilisé ces dernières semaines par des accusations d’antisémitisme, qu’il conteste farouchement. La formation, elle, avance avec une confiance insolente. Marine Le Pen domine les enquêtes d’opinion au premier tour et l’emporterait face à tous ses adversaires possibles au second. Elle espère remplir le Co’Met et ses 10 000 places, malgré les « messages de crainte » remontés de la base après les violences du week-end précédent. La quadruple candidate a assuré n’avoir « pas d’inquiétude », et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est venu inspecter le dispositif en personne.
Pour Marine Le Pen, ce meeting n’est pas un rendez-vous comme les autres. « C’est un peu la campagne à venir qui se joue », résume le ministre de l’Intérieur. La candidate compte s’y poser en garante d’une « France apaisée » et faire de la « renaissance » le fil rouge de son discours, face à une rue qui, de l’autre côté du fleuve, refuse de la voir accéder au pouvoir.
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