Monde
Le parc Malcolm X, otage du grand nettoyage trumpien à Washington
Lieu emblématique de rassemblement pour la communauté afro-américaine, le parc Malcolm X de Washington a bénéficié d’une rénovation coûteuse, mais les percussionnistes qui l’animent depuis des décennies redoutent d’être les victimes collatérales du vaste plan d’embellissement voulu par Donald Trump pour la capitale fédérale.
Chaque dimanche, les bongos et les djembés résonnent sur la colline du Meridian Hill Park, nom officiel du site. Ce cercle de percussions, hérité de l’époque du mouvement des droits civiques et de l’assassinat de Malcolm X en 1965, constitue un point d’ancrage pour les habitants noirs de la région. « Si les pelouses du parc nous sont fermées, où notre communauté pourra-t-elle se retrouver ? », s’interroge Jalisa Settles-Bey, vendeuse ambulante de 36 ans, bercée par les rythmes traditionnels. Mikey, musicien d’origine éthiopienne, ajoute que malgré la gentrification, les populations afro-américaines de Washington, du Maryland et de Virginie continuent de converger vers ce lieu historique.
Pourtant, en ce printemps, les musiciens jouent devant des étendues vertes désertes, barrées par des bâches où l’on peut lire : « Nous rendons DC sûr et beau ». Si la fontaine monumentale de la partie basse a été remise en eau et les espaces verts réaménagés, la zone supérieure, où le groupe se réunit depuis des lustres, reste en chantier. Donald Trump, à l’approche du 250e anniversaire des États-Unis, a fait de l’embellissement de la capitale une priorité. Son plan, doté de plusieurs milliards de dollars, prévoit la rénovation des monuments, le nettoyage des fontaines et un renforcement de la lutte contre les campements de sans-abri.
Pour les partisans de cette initiative, il s’agit de redonner son lustre à Washington. Mais nombre d’habitants y voient une mainmise autoritaire. Setha Low, anthropologue spécialiste des espaces publics à l’université de New York, souligne que l’embellissement d’un lieu a souvent rimé avec aseptisation et hyper-sécurisation. « On revitalise, mais on contrôle qui peut être visible, qui peut se rassembler, et quelles histoires restent présentes », explique-t-elle. Jesse Bogdan, coordinateur de la coalition Keep Malcolm X Open, créée en réaction, s’insurge : « On ne rend pas une ville sûre et belle en excluant ses habitants ! » Il redoute une minimisation du rôle des Afro-Américains dans les panneaux historiques du parc, voire un changement de nom à l’image de ce qui s’est produit avec le Kennedy Center.
La coalition a déjà recueilli plus de 4 000 signatures pour dénoncer l’absence de consultation publique et le calendrier des travaux, programmés en pleine saison des concerts et des rassemblements. Setha Low rappelle que Washington, contrairement aux villes européennes, dispose de peu de grandes places centrales. Les parcs y sont donc des foyers privilégiés d’activité politique, comme en témoignent les manifestations anti-Trump ou celles consécutives à la mort de George Floyd. Or, près de 90 % des espaces verts de la capitale relèvent du gouvernement fédéral, offrant un levier considérable à un président désireux de modeler la ville à son image.
Après avoir qualifié Washington de « sale » et « dangereuse », Donald Trump y multiplie les projets spectaculaires, de la nouvelle salle de bal à la Maison Blanche à un projet d’arc de triomphe monumental. La maire démocrate, Muriel Bowser, tente de naviguer entre coopération avec l’administration fédérale et défense de l’autonomie de la ville, face à ce que beaucoup perçoivent comme une intrusion politique. Même parmi les riverains favorables aux rénovations, les motivations du gouvernement suscitent des interrogations. Dina Smith, qui promène son chien, reconnaît que la fontaine était hors service et les pelouses très abîmées, mais ajoute que beaucoup estiment que les financements n’arrivent que parce que certains veulent une ville impeccable pour les festivités du 250e anniversaire.
Le Service des parcs nationaux assure que les principales restaurations, achevées mi-mai, ont amélioré la sécurité, la propreté et l’apparence du site. Il dit être conscient de l’intense vie communautaire du parc, mais n’a pas fixé de date de réouverture complète, évoquant l’été 2026. En attendant, la coalition de riverains prévoit de détourner les panneaux « DC sûr et beau » en les recouvrant d’œuvres reflétant la diversité des usagers du parc.
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