Monde
Le Liban à l’épreuve du dialogue avec Israël : le président et le Hezbollah s’affrontent sur la stratégie nationale
Le président libanais Joseph Aoun défend des négociations directes avec Israël, tandis que le Hezbollah y voit une trahison. Cette opposition ravive les fractures profondes d’un pays miné par les crises.
La question de pourparlers officiels avec Israël, État avec lequel le Liban est juridiquement en guerre depuis 1948, a longtemps été un tabou. Les récents conflits ont toutefois brisé ce silence. Deux sessions de discussions au niveau des ambassadeurs se sont déjà tenues à Washington, visant à mettre un terme à la guerre déclenchée le 2 mars dernier, lorsque le Hezbollah a ouvert le feu sur Israël, provoquant une riposte meurtrière.
Le président Joseph Aoun maintient fermement sa position. Une source officielle a affirmé que l’option des négociations était celle de l’État libanais et qu’il n’y aurait pas de retour en arrière. Le 17 avril, jour de l’entrée en vigueur de la trêve, le chef de l’État avait appelé à l’unité nationale, estimant que seules des discussions directes pourraient garantir un cessez-le-feu durable, le retrait israélien du sud du Liban, la délimitation des frontières et la fin des hostilités. Il a également lancé une mise en garde cinglante : ce n’est pas la négociation qui constitue une trahison, mais le fait d’entraîner le pays dans une guerre au service d’intérêts étrangers.
Ce discours est inédit dans l’histoire politique libanaise. Toutefois, des analystes estiment que si le président et le gouvernement peuvent engager des pourparlers, ils ne disposent pas des moyens de garantir le respect des engagements pris. Après la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, Beyrouth s’était engagé à désarmer la milice chiite, sans succès. La décision d’interdire ses activités militaires, annoncée le 2 mars, est restée largement lettre morte. L’armée, dépourvue de moyens suffisants, peine à faire respecter les termes de la trêve, qui prévoient pourtant des mesures concrètes pour empêcher toute attaque du Hezbollah contre Israël. Certains craignent même qu’une confrontation directe avec le groupe ne provoque une scission au sein des forces armées, comme en 1976 pendant la guerre civile.
De son côté, le Hezbollah rejette catégoriquement toute négociation directe. Son chef, Naïm Qassem, dénonce des concessions humiliantes et prévient que cette voie plongera le Liban dans un cycle d’instabilité. Un ancien député du parti a même rappelé le sort du président égyptien Anouar el-Sadate, assassiné après avoir signé la paix avec Israël. Affaibli par la perte de son leader charismatique Hassan Nasrallah, le mouvement chiite est désormais isolé sur la scène politique nationale. Son soutien, autrefois pluriconfessionnel, se limite aujourd’hui à la communauté chiite. Pourtant, depuis 2024, il a réorganisé ses forces pour ce qu’il qualifie de bataille existentielle. Selon des experts, il conserve la capacité de mobiliser médias et rue pour faire obstacle à un accord de paix.
Le Liban se trouve ainsi dans une impasse. Si le Hezbollah n’a plus l’influence d’antan, l’État reste fragile. Les deux camps portent des visions irréconciliables, mais aucun ne peut imposer la sienne. Dans les rues de Beyrouth, le clivage est visible : des affiches célèbrent un président protecteur de la nation, tandis que des graffitis le qualifient de traître. Certains analystes redoutent que le Hezbollah ne recoure à une action de rue, comme en mai 2008, lorsqu’il avait utilisé ses armes contre ses opposants après une décision gouvernementale finalement annulée. Cette fois, le gouvernement semble plus déterminé à ne pas reculer. Israël, de son côté, a multiplié les frappes depuis l’entrée en vigueur de la trêve, tout en se déclarant prêt à une paix historique.
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