Économie
Le concept de « démarchandisation » s’invite dans la campagne présidentielle


Boris Vallaud, chef des députés socialistes, entend imposer ce thème comme le nouveau moteur idéologique de la gauche en vue de 2027. Il propose de soustraire au marché des pans entiers de la vie quotidienne.
Le chef de file des députés socialistes, Boris Vallaud, entend faire de la « démarchandisation » un axe central du débat politique pour la prochaine élection présidentielle. Dans un ouvrage à paraître, il développe cette idée comme un levier de reconquête pour une gauche qu’il juge en manque de souffle doctrinal. Ce thème, déjà esquissé lors du dernier congrès du Parti socialiste en mai 2025, vise à retirer du champ marchand un certain nombre de biens et de services essentiels.
Selon le député des Landes, la société contemporaine a transformé l’existence en un vaste espace commercial où tout s’achète et se vend, de la naissance au décès. Il dénonce la marchandisation de l’eau, de la terre, de la santé, de l’éducation, de la culture, du sport ou encore des services publics. À ses yeux, même le temps libre, les données personnelles, les corps et les vies privées sont devenus des objets de transaction.
Boris Vallaud estime que la gauche a besoin d’un mot d’ordre fédérateur pour retrouver une dynamique. Il voit dans la démarchandisation un concept capable de remplir ce rôle. Il reconnaît que les instruments traditionnels de la social-démocratie ont montré leurs limites et qu’il est désormais nécessaire de fixer des bornes au marché, voire d’en exclure ce qui relève de l’essentiel.
Il précise que sa démarche ne constitue ni un retour à un État centralisateur ni une nostalgie d’une économie administrée. L’objectif n’est pas d’abolir le marché, mais de le cantonner à sa juste place. Il cite des exemples concrets de démarchandisation déjà à l’œuvre, comme les régies publiques de l’eau dans certaines communes, les établissements publics ou associatifs pour personnes âgées ou pour la petite enfance, les services funéraires publics ou encore la gestion publique du logement, à l’image de ce qui se pratique à Vienne en Autriche.
Interrogé sur le coût budgétaire d’une telle orientation, il répond que confier au marché le soin de définir ce qui a de la valeur revient à sacrifier les besoins fondamentaux au profit de besoins artificiels. Il défend son projet comme une reconquête de ce qui est indispensable à la vie, qu’il nomme un « socialisme de la vie », c’est-à-dire une reprise en main de nos existences.
Cette proposition a suscité l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon, qui a proposé à Boris Vallaud d’en débattre. Ce dernier n’a pas décliné l’invitation, mais a souhaité que la discussion se tienne dans un lieu neutre, refusant de se rendre à l’institut La Boétie, qu’il considère comme le temple de la parole mélenchoniste. Le leader insoumis a finalement retiré son offre mercredi soir.





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