Monde
Lac Tchad : l’aide humanitaire en berne, la menace jihadiste persiste

La réduction des financements internationaux fragilise les populations locales, tandis que les groupes armés continuent de sévir dans la région.
Dans la province du Lac, au Tchad, des milliers de déplacés survivent dans des conditions précaires, sous la menace constante des attaques jihadistes. Les récits des habitants témoignent d’une réalité brutale. Ahmat Moussa, pêcheur de 42 ans, a dû fuir son village de Balangoura après une attaque de Boko Haram. Blessé par balle, il a perdu l’un de ses fils, enlevé cette nuit-là. Sa voisine, Baya Ali Moussa, porte elle aussi le deuil d’un enfant, retrouvé sans vie trois jours après l’assaut.
Depuis près de quinze ans, Boko Haram ensanglante le bassin du lac Tchad, une zone partagée entre quatre pays. Bien que le groupe ait perdu une partie de son influence, ses exactions – enlèvements, exécutions, pillages – se poursuivent. La province compte aujourd’hui plus de 250 000 déplacés, selon les Nations unies. À Yakoua, un camp improvisé accueille près de 2 000 personnes, dont beaucoup dépendent entièrement de l’aide humanitaire pour survivre.
Pourtant, les financements se tarissent. Les bailleurs internationaux, dont les États-Unis et l’Europe, réduisent leurs contributions, contraignant les organisations à diminuer leurs opérations. Le Programme alimentaire mondial a déjà suspendu une liaison aérienne cruciale entre N’Djamena et Bol, tandis que plusieurs bureaux locaux ferment leurs portes. « Là où on se retire, la population va souffrir davantage », alerte un responsable d’ONG.
La situation est d’autant plus critique que l’attention humanitaire se concentre désormais sur l’est du Tchad, où affluent les réfugiés fuyant la guerre au Soudan. Avec seulement 11 % des fonds nécessaires mobilisés cette année, les acteurs sur le terrain redoutent un désengagement massif d’ici l’automne. Un retrait qui risquerait d’aggraver l’insécurité, poussant certaines populations vulnérables à rejoindre les rangs des groupes armés. Dans l’indifférence grandissante, la crise du lac Tchad s’enfonce dans l’oubli.

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