Sports
La terre battue, une invention née sur la Côte d’Azur qui a conquis le monde du tennis
Depuis ses débuts discrets à Cannes en 1880, la terre battue est devenue l’âme de Roland-Garros, mêlant tradition et prouesses techniques.
Le tournoi de Roland-Garros doit sa renommée mondiale à son court central et à sa surface légendaire. Ce revêtement emblématique, signature de l’épreuve, trouve son origine en 1880. À cette époque, les frères jumeaux William et Ernest Renshaw s’entraînaient à Cannes sur des pelouses, comme le voulait la tradition. Face au climat méditerranéen qui brûlait le gazon, ils eurent l’idée d’y saupoudrer de la poudre de pots de terre cuite broyés. Cette astuce donna naissance, sans le savoir, à la terre battue.
La surface se répandit rapidement en France avant d’être adoptée sur le mythique stade de Roland-Garros en 1928, lors de la finale de la Coupe Davis opposant les Bleus aux Américains. Depuis, ce revêtement est resté indissociable du site de la Porte d’Auteuil. Il a fait le bonheur de joueurs puissants comme Rafael Nadal ou Gaël Monfils, capables d’y exprimer leur vitesse, mais a moins convenu à des champions comme Boris Becker ou John McEnroe.
Si la couleur ocre demeure inchangée, la technique s’est considérablement sophistiquée. La brique a remplacé les pots de terre cuite, et la structure du court est bien plus complexe qu’il n’y paraît. La terre battue constitue en réalité la cinquième et dernière couche d’un ensemble de 80 centimètres d’épaisseur. On trouve successivement de gros cailloux, du gravier, une couche de mâchefer (résidus volcaniques), du calcaire, puis enfin la brique concassée. Ce savoir-faire reste typiquement français : les briques proviennent du Nord et le calcaire des carrières de l’Oise.
Le seul court Philippe-Chatrier nécessite environ 1,5 tonne de brique pilée, et l’ensemble du tournoi en utilise entre 50 et 80 tonnes. Le coût de construction d’un court extérieur en terre battue, estimé à 47 000 euros, reste inférieur à celui d’autres surfaces. En revanche, son entretien est minutieux et onéreux, notamment l’arrosage qui permet au calcaire de conserver sa souplesse et d’adhérer à la brique. Une dizaine de personnes préparent la surface pour un seul match, et jusqu’à cent personnes sont mobilisées durant les trois semaines de compétition.
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