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Bruxelles ouvre la voie à des discussions avec les talibans sur les retours de migrants

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La Commission européenne s’apprête à convoquer des représentants du régime taliban dans la capitale belge pour évoquer les expulsions d’Afghans, une initiative qui suscite de vives controverses politiques et éthiques.

L’exécutif européen a confirmé son intention d’inviter prochainement une délégation de Kaboul à Bruxelles. Selon des informations concordantes, un courrier officiel sera adressé « de manière imminente » aux autorités afghanes pour convenir d’une rencontre dans les locaux des institutions européennes. Ce rendez-vous, préparé en concertation avec la Suède, fait suite à deux missions exploratoires menées par des responsables européens en Afghanistan sur la même thématique. L’objectif affiché est de « poursuivre ces échanges » à un « niveau technique », a précisé un porte-parole de la Commission. Aucune date n’a encore été arrêtée pour cette réunion, qui suscite déjà de nombreuses critiques de la part des organisations de défense des droits humains.

Une vingtaine d’États membres de l’Union, poussés par une volonté commune de renforcer leurs politiques migratoires, cherchent des mécanismes pour organiser le retour de migrants afghans, en particulier ceux ayant fait l’objet de condamnations judiciaires. Dans une lettre adressée à Bruxelles en octobre, ces pays réclamaient « des solutions diplomatiques et pratiques » pour faire avancer ce dossier sensible. C’est dans ce cadre que s’inscrivent ces pourparlers, a expliqué le porte-parole de la Commission.

Ces discussions soulèvent pourtant de nombreuses interrogations, tant sur le plan pratique que sur le plan éthique. Elles impliquent en premier lieu de négocier avec un régime que l’Union européenne ne reconnaît pas officiellement depuis sa prise de pouvoir en 2021. Pour se rendre à Bruxelles, ces responsables talibans devront obtenir un visa exceptionnel. La Belgique, en tant que pays hôte des institutions européennes, se dit disposée à en délivrer. « Si la Commission européenne venait à inviter une délégation du régime taliban, il pourrait donc en être ainsi », a déclaré la porte-parole du ministre belge des Affaires étrangères à l’AFP.

Par ailleurs, l’Afghanistan traverse une grave crise humanitaire. Depuis 2023, plus de cinq millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan, souvent de manière contrainte. Selon des organisations internationales, la majorité d’entre eux vit dans une précarité extrême, sans logement stable ni emploi. En 2025, les ressortissants afghans représentaient encore la première nationalité parmi les demandeurs d’asile dans l’Union européenne. Mais après avoir accueilli des centaines de milliers d’entre eux pendant les années de conflit, le Vieux Continent durcit désormais sa position et envisage ouvertement leur renvoi.

L’Allemagne a ouvert la voie en procédant, depuis 2024, à l’expulsion groupée d’une centaine d’Afghans condamnés par la justice, via des vols charters facilités par des accords bilatéraux. Plusieurs attentats commis sur le sol allemand, dont une attaque à la voiture-bélier en 2025, ont alimenté un vif débat médiatique. L’Autriche a depuis suivi cet exemple, en recevant une délégation talibane à Vienne en septembre dernier. D’autres pays de l’UE cherchent désormais à s’engager sur cette voie, saluée par les partisans d’une ligne migratoire plus stricte, mais dénoncée par les défenseurs des droits humains.

« Renvoyer des Afghans dans un pays où près de la moitié de la population ne parvient pas à se nourrir n’est pas une politique migratoire, c’est une décision qui pourrait coûter des vies », a alerté Lisa Owen, représentante de l’International Rescue Committee. « C’est un profond renoncement aux valeurs et droits qui fondent l’Union européenne », a renchéri l’élue écologiste Mélissa Camara, appelant Bruxelles à « ne pas franchir cette ligne rouge ». Certaines associations de protection des migrants redoutent notamment que ce déplacement permette aux responsables talibans d’identifier des personnes qu’ils souhaitent voir revenir en Afghanistan, mettant en péril leurs droits fondamentaux.

Des sources diplomatiques rétorquent que cette visite vise avant tout à régler des questions pratiques, comme la délivrance de passeports pour des personnes dont les ambassades en Europe ne sont pas reconnues par le régime de Kaboul. Faudra-t-il, à défaut, que ces migrants soient renvoyés avec un simple laissez-passer ? Lors de leurs précédents déplacements en Afghanistan, les responsables européens se sont déjà renseignés sur des aspects techniques, notamment la capacité d’accueil de l’aéroport de Kaboul.

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