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Moustiques modifiés contre la dengue : un espoir réel mais pas de solution miracle au Brésil

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La technique des moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia a prouvé son efficacité pour réduire la transmission de la dengue, mais son déploiement à grande échelle se heurte à des obstacles logistiques, financiers et sécuritaires.

Dans une bio-usine de Curitiba, au sud du Brésil, des équipes entretiennent le plus grand élevage au monde de moustiques dits « wolbitos ». Ces insectes, porteurs de la bactérie Wolbachia, sont incapables de transmettre la dengue, le zika ou le chikungunya aux humains. Le scientifique Luciano Moreira, qui supervise ce programme, décrit une phase cruciale pour l’expansion de cette méthode. L’entomologiste, récompensé par une reconnaissance internationale, suit de près la reproduction des insectes maintenus dans des cages lumineuses, nourris de sang chaud de cheval et d’eau sucrée.

La stratégie consiste à relâcher ces moustiques modifiés dans les zones urbaines. En quelques mois, ils remplacent naturellement les populations locales d’Aedes aegypti en transmettant la bactérie lors de l’accouplement. Utilisée dans quinze pays, cette approche a protégé six millions de Brésiliens depuis les premiers essais en 2011. Pourtant, le Brésil reste le pays le plus touché par la dengue en 2024, avec plus de six mille décès, même si la situation s’est améliorée l’an dernier.

La bio-usine de Curitiba, inaugurée en 2025 grâce au soutien de l’organisme public Fiocruz et d’une ONG internationale, peut produire jusqu’à cent millions d’œufs par semaine. Ces œufs, conservés dans des capsules, sont expédiés vers les villes cibles pour y éclore. Les résultats cliniques sont impressionnants : dans les villes de Niteroi et Campo Grande, les cas de dengue ont chuté respectivement de 89 % et 63 %.

Cependant, la maladie progresse plus vite que cette solution. Le changement climatique étend la zone de transmission, notamment vers le sud du pays où la dengue était auparavant absente. Par ailleurs, le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva a reconnu l’intérêt sanitaire de la méthode Wolbachia, mais la demande des autorités locales n’a pas suivi le rythme de production, obligeant à réduire les capacités de l’usine. Pour la biologiste Ludimila Raupp, l’urgence est réelle mais l’extension nationale reste complexe sur les plans technique, opérationnel et financier.

Le ministre de la Santé, Alexandre Padilha, admet que l’expansion du programme comporte des défis multiples. Malgré tout, cinquante-quatre nouvelles villes devraient adopter la méthode cette année, portant le total à soixante-dix communes. À Rio de Janeiro, la violence liée au crime organisé a parfois empêché les lâchers de moustiques pendant plusieurs semaines dans certaines favelas. Luciano Moreira insiste sur le fait que la méthode Wolbachia ne constitue pas une formule magique. Elle doit être considérée comme un outil complémentaire aux autres mesures, notamment la vaccination. Le premier vaccin mondial à dose unique contre la dengue a d’ailleurs été approuvé au Brésil l’an dernier.

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